Fumier au champ
Fumier de volailles en amas au champ, le succès passe par de bonnes pratiques
Madeleine Bouffard, agronome
MAPAQ, centre de services agricoles de Drummondville
Lorsque le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) a modifié le règlement sur les exploitations agricoles en octobre 2005, il a permis entre autres aux producteurs de volailles dont le lieu d’élevage produit plus de 3 200 kg de phosphore par année de continuer l’entreposage du fumier en amas au champ pour 3 ans. En contrepartie, les éleveurs de volailles doivent participer au projet pilote du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec et transmettre au MDDEP un avis de projet au moins 30 jours avant le stockage dans un champ cultivé. Le suivi des amas via le projet pilote vise à vérifier l’application des bonnes pratiques d’entreposage au champ.
Le producteur qui réalise des amas dans ses champs doit obtenir une recommandation signée par un agronome. Le producteur, de concert avec son conseiller localise sur le plan de ferme les sites propices à l’aménagement des amas. Afin de réduire les risques de contamination du sol sous l’amas, celui-ci ne doit pas se retrouver au même endroit deux années d’affilée. Le guide de conception des amas de fumier au champ recommande une distance minimale de 100 mètres du site de l’amas de l’année précédente. Pour réduire les risques de pollution, l’amas devrait être placé à plus de 15 mètres d’un fossé agricole, 150 mètres des points d’eau (lac, cours d’eau, marais, marécage) et à plus de 300 mètres d’un puits de consommation humaine. Il faut privilégier les endroits bien drainés dont la pente est inférieure à 6%. Par contre, les cuvettes, les zones inondables, les sites non cultivables et les sols de texture graveleuse ou les sables grossiers sont à éviter. Autre point important, le site devrait être facilement accessible aux camions et faciliter la reprise du fumier.
La taille de l’amas devrait correspondre au volume requis pour combler les besoins de la culture du champ où il est aménagé et des parcelles voisines. Il est conseillé de donner à l’amas une forme étroite, régulière et mesurant de 2 à 3 mètres de hauteur. Ainsi, le fumier sec s’humidifiera plus lentement et aura moins tendance à composter.
Bien que l’on ne puisse contrôler les précipitations et les redoux hivernaux, il existe des moyens d’amoindrir leurs effets. Pour limiter les écoulements de lixiviat, le sol autour de l’amas doit être couvert de végétation, de résidus ou encore, rendu rugueux par le passage du chisel ou de la charrue. Aucune ornière ne doit être tolérée autour de l’amas. Une rigole d'interception creusée à la charrue à quelques mètres en amont de l'amas dérivera l'eau de surface et l'empêchera d'atteindre le fumier. En période hivernale, il est conseillé d'installer en aval de l'amas, un andain filtrant constitué de bran de scie ou autre matériel permettant de bloquer les écoulements en provenance du tas.
Le fumier doit être épandu dans les douze mois suivant sa mise en amas. Toutefois, pour éviter l'enrichissement excessif du sol sous le tas, la période de stockage du fumier sur sol non gelé ne devrait pas dépasser trois mois. Sinon, le conseiller devra échantillonner le terrain sous l'amas afin de mesurer le degré d'enrichissement et suggérer si nécessaire des moyens pour réhabiliter le site. La durée d'entreposage recommandée pour limiter la contamination du sol est réduite à un mois dans le cas de fientes sèches ou humides en provenance de poulaillers de pondeuses par exemple.
Le rôle du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) est de rencontrer les producteurs qui réalisent des amas dans des champs cultivés avec du fumier des entreprises avicoles inscrites au projet pilote. Le représentant du MAPAQ visite les amas, vérifie le respect des recommandations du conseiller et note les contraintes d'application des bonnes pratiques. Le projet pilote prendra fin en octobre 2008. Votre collaboration est requise et vos commentaires sont les bienvenus afin de faire de cette opération, un succès.
DEFRAIN-LORANT Chantal
Commentaire mis en ligne le 31 juillet 2008Votre article ne précise pas à quelle distance des habitations. En effet, nous avons un problème récurent avec un agriculteur qui nous fait des montagnes de fumier de volaille avec des plumes et on se retrouve depuis 15 jours envahis de mouches. A la mairie, il nous a été répondu que l'agriculteur devait couvrir au fur et à mesure son fumier. Nous comprenons qu'ils ont un métier mais je voudrais qu'ils tiennent compte des voisins.
Merci de me répondre