Fraises. Photo Marc Lajoie Mapaq
Des fraises locales plus longtemps
Jacques Painchaud, agronome
MAPAQ, Centre de services agricoles de Drummondville
jacques.painchaud@mapaq.gouv.qc.ca
Devancer la récolte de la fraise pour prolonger les délices de ce petit fruit, c’est possible. Le Centre-du-Québec est d’ailleurs la région agricole qui a donné lieu à la plus forte croissance québécoise dans ce type de production depuis les deux dernières années. Quelque 225 000 plants ont été vendus par les pépiniéristes en 2006. Les producteurs du Centre-du-Québec vont donc récolter cette fraise sur 5 hectares l’an prochain, soit une superficie 7 fois plus importante qu’en 2003. Les trois pôles de la région, Drummondville, Nicolet et Victoriaville, sont de la partie dans cette redéfinition de la production de la fraise.
Depuis la saison 2003, la direction régionale du MAPAQ n’a pas ménagé ses efforts pour introduire au Centre-du-Québec la production de fraisiers en multicellules plantés en août à haute densité et sur paillis de plastique. Cette technique utilise une couverture thermale, ou bâche, qui est déployée sur les plants vers la fin septembre ou la mi-octobre, ce qui permet de prolonger la période d’initiation florale à l’automne et assure une récolte accrue le printemps venu. Elle sert aussi de protection hivernale générale et elle permet d’assurer une récolte très précoce débutant fin mai et se terminant vers la fin juin ou le début juillet, au moment où on entre de plein fouet dans la récolte conventionnelle de la fraise, soit celle cultivée en rangs nattés.
En collaboration avec les producteurs participant à l’introduction de la production de fraisiers en multicellules, le MAPAQ a élaboré un document technico-économique de production faisant état de l’utilisation de cette technique. Cet exercice s’étant avéré suffisamment convaincant pour certains producteurs, ces derniers semblent avoir intégré la technique dans leur régie courante. Ceci n’a pas donné lieu à une augmentation appréciable de la superficie de la culture, mais plutôt à un étalement de l’offre qui pourra permettre, à plus long terme, d’augmenter la rentabilité de la production. Les efforts du MAPAQ dans la continuation de cette foulée visent à augmenter le potentiel de la deuxième année de production et à maintenir le calibre de la fraise récoltée. C’est un des projets auxquels s’est attardé l’équipe horticole du Centre-du-Québec durant la saison 2006. Les résultats de ces essais seront connus au cours de la saison prochaine.
Forts de leur expérience dans la production de fraises précoces, certains producteurs ont voulu étirer la production de fraises à l’autre bout de la saison. Pour ce faire, il faut utiliser des variétés dites « à jour neutre » qui permettent d’offrir à la clientèle des fraises à partir de la fin juillet ou du début d’août jusqu’aux premières gelées automnales, et même un peu au-delà si un producteur est équipé d’un système d’irrigation qui permet de contrer les premières gelées de l’automne. On peut ainsi espérer offrir des fraises aux consommateurs jusqu’en octobre !
La récolte de la fraise d’automne nécessite une production en plein été, ce qui implique un temps très chaud et souvent relativement sec comparativement à la production conventionnelle. Cette ambiance peut donner lieu à des attaques auxquelles les producteurs sont moins habitués, par exemple celle du tétranyque à deux points, une petite araignée qui prolifère par temps chaud et sec. C’est exactement ce qui s’est produit durant la saison 2006. On a aussi dû faire face à des infestations sans précédent d’une maladie à peu prés absente au Québec jusqu’à récemment : l’anthracnose. Cette dernière est considérée comme une maladie de climat chaud, mais il semble que certaines souches importées de nos amis américains se soient adaptées à notre climat plus froid. Malgré ces deux fléaux qui ont sévi au cours de la saison 2006, ce n’est certainement pas ce qui a nuit le plus aux producteurs. Les pluies abondantes ont assurément engendré les pertes maximales. Dans ces conditions, les fruits ont tendance à fendre ou à se meurtrir, les rendant ainsi invendables. Quelques producteurs pensent déjà à la transformation du produit pour minimiser les pertes qui semblent inévitables jusqu’à un certain point, mais une régie de récolte différente va devoir s’établir quitte à avoir recours à des systèmes de prérefroidissement qui permettent de cueillir les fruits un peu moins mûrs pour achever leur maturation sous atmosphère plus contrôlée
Le succès obtenu avec la récolte hâtive de la fraise ne s’est pas répété avec la technique développée pour la production d’une fraise d’automne. Nous avons au MAPAQ une vision claire des problèmes à résoudre dans un avenir prochain pour améliorer la technique et croyez bien que nous y mettrons l’ardeur requise. Les producteurs participants ayant adopté l’une ou l’autre des techniques, ou les deux, le cas échéant, n’ont pas pour autant jeté la serviette. Ils ont quand même réimplanté des fraisiers en multicellule et à jour neutre qui produiront la saison prochaine. L’expérience acquise au cours de la saison 2006 va très certainement profiter l’an prochain.