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Souverainement alimentaire c’est élémentaire

Article mis en ligne le 12 mai 2009 à 16:40
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Souverainement alimentaire c’est élémentaire
André D. Beaudoin, secrétaire général

UPA Développement international
À Rome, en 1996, lorsque les paysans sans terre du Brésil revendiquaient la souveraineté alimentaire (SA), ils avaient compris quelque chose d’important. Les Africains, qui faisaient la même lecture du monde, épousèrent rapidement le concept. Quelques années plus tard, à force de discussions avec les leaders paysans africains, l’Union des producteurs agricoles (UPA) fit sienne cette conception du développement de l’agriculture du monde. À telle enseigne qu’au congrès général de décembre 2007, unanimement, les délégués de l’organisation adoptèrent le principe de faire reposer les politiques agricoles sur le socle de la SA.

Non, la SA n’est donc pas une chicane de plus entre le fédéral et le provincial. Elle n’est pas non plus une bataille entre partis politiques du Québec. La SA est née d’une réflexion paysanne portant sur une nouvelle manière de concevoir et d’aborder le monde.

Au fond, ce qu’ils avaient compris, c’est que le développement de l’agriculture basé sur les exportations signifiait la mort des exploitations familiales à dimension humaine au profit d’une agriculture sous contrôle de multinationales. En effet, lorsqu’un grand groupe obtient des terres gratuitement dans un pays en développement, qu’il utilise de la main-d’œuvre locale, sous-payée et sans condition de travail, qu’il utilise des produits qui ne sont pas homologués dans nos pays et que, finalement, il bénéficie de clauses dérogatoires prévues dans les accords commerciaux internationaux pour venir positionner ses produits dans nos épiceries, cela ne sert pas les intérêts des agriculteurs, ni du nord, ni du sud. Dit autrement, il n’est pas possible de concurrencer des privilèges qui n’ont rien à voir avec les avantages comparatifs dont nous parlent certains économistes.

On pourrait démontrer par plusieurs autres exemples tout aussi éclairants que le développement de l’agriculture du monde ne repose pas sur des bases durables. Et si vous abordez ces questions avec les politiciens, ils vous diront qu’on n'a pas le choix, que le monde est mondialisé, que le commerce est planétaire, que les solutions sont supranationales et appartiennent aux organismes multilatéraux comme l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Ce n’est pas ce que croient les paysans du monde qui estiment qu’il revient à chaque nation de décider le type d’agriculture à soutenir et le type d’aliments à offrir aux consommateurs. Pour que cela soit possible, il faut que chaque pays retrouve d’abord sa souveraineté en la matière. Il ne s’agit pas de revenir à l’autarcie, ni de fermer nos frontières aux commerces, mais plutôt de développer des marchés respectueux des choix de société de chacun des pays, membre de la communauté internationale. Arrêtons de parler de marché unique alors qu’il n’en est rien, de faire comme s’il n’y avait pas de différence entre les choix du peuple américain, par exemple, et ceux du Canada, de faire comme si l’agriculture ne répondait qu’à des considérations commerciales. La réalité est tout autre et c’est bien pour cela qu’il n’est pas possible de s’entendre à l’OMC, à moins de faire preuve d’encore plus de témérité, d’aveuglement et d’hypocrisie.

Pour essayer de comprendre, prenons un exemple. Au Canada, nous jouissons d’un système de santé gratuit, alors qu’aux États-Unis, chaque citoyen doit prendre les dispositions pour s’offrir ce service. Dans ce contexte, comment l’agriculture de ces deux pays peut reposer sur les mêmes bases? Vous me direz, mais pourquoi pas? Bien, parce que dans notre situation, l’État a la lourde responsabilité d’offrir ce service en contrôlant les coûts. Il s’agit donc d’une responsabilité collective pendant qu’aux États-Unis, il revient à chaque individu d’assurer ses soins de santé.

Or, nous savons que nos choix alimentaires ont une incidence sur notre santé. Au nom de la gratuité des soins de santé, il est tout à fait justifié que nous puissions nous donner les moyens de contrôler la qualité des aliments offerts aux consommateurs, ce qui peut paraître moins important pour un gouvernement qui n’a pas à payer pour les soins de santé de sa population.

Après tout, on accepte des règles de sécurité routière comme le port obligatoire de la ceinture de sécurité et pour un geste que nous faisons trois fois par jour, celui de se nourrir, nous n’aurions pas le choix de nos stratégies alimentaires? Vraiment, l’asservissement au commerce dépasse les bornes. La SA veut justement replacer ces bornes sur la base des choix qui reviennent à chaque pays, plutôt qu’à un petit groupe de technocrates internationaux qui n’ont aucune idée de ce qui se passe en dehors de leur écran d’ordinateur.

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