Financement : les tranches de prêt et leurs durées
Walter Paquette, agroéconomiste
Conseiller en financement agricole
L’analyse d’une demande d’emprunt fait appel à une multitude de notions et d’informations. Parmi ces notions, il y a les tranches de prêt et leurs durées, dont le choix doit être adapté à chaque situation particulière.
La capacité de remboursement
Par exemple, on choisira avant tout une durée de prêt unique, ou moyenne dans le cas de plusieurs tranches de prêt, qui tiendra compte de la capacité de remboursement de l’entreprise. On fait appel ici au financement responsable, où l’on ne saurait escamoter une capacité de remboursement insuffisante au profit de bonnes garanties.
Autres considérations
Ensuite, on pourra considérer la durée de vie utile du bien pris en garantie. En effet, il serait inapproprié d’avoir à effectuer des versements sur la dette d’un bien dont on s’est départi, alors qu’on a dû le changer pour un plus récent avec un financement additionnel.
L’importance du montant emprunté déterminera s’il est utile de le scinder en deux ou trois tranches. La situation ne sera pas la même pour un prêt de 50 000 $ ou de 5 000 000 $. Les frais de renouvellement des tranches, quand ils existent, seront aussi à considérer.
Par ailleurs, le fait d’avoir quelques tranches sur un même prêt à La Financière agricole du Québec permet au client de choisir des termes et des taux différents. Par exemple, une tranche à taux variable, une au taux hypothécaire d’un an moins 0,3 % et une autre au taux hypothécaire de cinq ans moins 0,5 %, de façon à avoir une meilleure répartition des risques en fonction de la conjoncture au moment du renouvellement des tranches.
En outre, le choix du nombre de tranches tiendra compte, dans le passif de l’entreprise, des autres prêts et de leurs durées restantes. L’objectif étant de faire en sorte qu’un prêt soit complètement remboursé au moment où surviennent des besoins de fonds additionnels (remplacement d’équipements, agrandissement de bâtiments, exigences environnementales, etc.), en portant une attention particulière à l’étape du cycle de vie de l’entreprise.
Cette approche permettra ainsi de prévoir de nouveaux emprunts dont les versements vont se substituer, en quelque sorte, à ceux des prêts échus.
Écueils à éviter
Enfin, une notion souvent méconnue est l’impact d’une durée de financement trop longue.
Prenons l’exemple d’un client qui rembourse toutes ses dettes avec une durée moyenne pondérée de 10 ans ou moins. Il bénéficie ainsi d’une soupape de sécurité advenant un imprévu où la durée moyenne pourra toujours être allongée par consolidation ou réamortissement, ce qui diminue sa charge financière de manière appréciable.
Mais le point capital est la diminution négligeable des paiements annuels après une certaine durée du prêt.
En contrepartie, on peut constater un effet fort désavantageux pour le client sur le total des intérêts payés au-delà de cette durée.
Voici un exemple chiffré pour illustrer mon propos :
Montant du prêt : 100 000 $ Taux d’intérêt 6 %
Fréquence de remboursement : mensuelle
Durée de remboursement en années Paiements annuels
(Capital et intérêts)
($) Diminution
des paiements annuels (%) Intérêts payés au total
($) Augmentation des intérêts payés au total (%)
10 13 322 33 225
11 12 440 8,82 36 845 3,62
12 11 710 7,30 40 552 3,68
13 11 097 6,14 44 257 3,73
14 10 575 5,22 48 048 3,79
15 10 126 4,49 51 894 3,85
16 9 737 3,89 55 976 3,90
17 9 397 3,40 59 753 3,96
18 9 098 2,99 63 763 4,01
19 8 833 2,65 67 827 4,06
20 8 597 2,36 71 943 4,12
Règle à connaître
Comme on peut le constater dans le tableau ci-dessus, de la 15e à la 16e année de durée du prêt, l’augmentation des intérêts payés sur la vie du prêt (3,90 %) l’emporte sur la diminution des paiements annuels (3,89 %).
Un même calcul avec un taux d’intérêt à 10 % donne des résultats de 6,83 % dans les deux colonnes, mais cette fois-ci à compter du passage d’une durée de prêt de 12 à 13 ans. De plus, à ce taux d’intérêt, avec une durée de 16 ans seulement, l’intérêt payé au total dépasse le montant du capital emprunté.
Tout dépassement de ces durées de prêt, en fonction du taux d’intérêt comme on l’a vu, se fait au détriment de l’emprunteur, de manière générale. Cependant, l’impact de la fiscalité, qui est particulier à chaque entreprise, devrait être considéré en dernière analyse.
Par ailleurs, dans notre approche, nous supposons toujours que le client-entrepreneur vise, au cours de ses années de travail, à accroître son avoir net. Conséquemment, le montant et la durée du financement sont des décisions qui ne doivent pas être improvisées ni prises à la légère.
Finalement, nous pouvons d’ores et déjà affirmer qu’en plus de privilégier des investissements productifs dans le développement d’une entreprise, le montage financier et, donc, les intérêts payés, aura aussi un impact majeur, au fil des années, sur la croissance du capital propre de l’emprunteur.
JEAN DROITIER
Commentaire mis en ligne le 21 mai 2009Bonjour ,
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