Kevin Poirier s’est lancé dans la grande aventure.(photo : Kateline Grondin)
Keven Poirier, au début de sa propre aventure laitière
À 15 ans, Keven Poirier s’occupait déjà de faire le train, toutes les fins de semaine, à la ferme de son grand-père. À peine quelques années plus tard, le jeune homme de 23 ans réalise ses ambitions en gérant et en exploitant depuis le 5 décembre dernier sa propre entreprise de production laitière, la ferme Desforges Holstein de Sainte-Sophie-d’Halifax.
Il habite encore chez ses parents, mais a déjà un troupeau de 33 vaches et une douzaine de veaux sous ses soins, et possède 76 acres de terrain. Il vient tout juste de terminer les rénovations qui ont permis d’accroître la superficie de l’ancienne étable à taures de son grand-père et d’y aménager une laiterie. Dans une rencontre d’à peine une heure, entre un quota à miser et un dégât d’eau à nettoyer, le jeune agriculteur halifaxois raconte les origines de sa passion et les débuts de son aventure…
«Dès que j’en ai été capable, je travaillais tous les étés, aux côtés de mon père, sur la ferme de mon grand-père», raconte-t-il. Le grand-père en question, Sylvio Poirier, possédait une ferme laitière à quelques maisons de celle qu’habite toujours son petit-fils, en compagnie de ses parents. «Les vaches laitières se trouvaient chez mon grand-père et mon étable abritait les taures et les sujets de remplacement.»
Grâce au coup de main de son père pour réaliser les travaux l’automne dernier, il a pu moderniser son étable, y ajouter des nouvelles stalles et remplacer leur système de nettoyage.
Déterminé, Keven Poirier? Peut-être que celui-ci a de qui retenir. «Jusqu’à 89 ans, mon grand-père n’a jamais voulu vendre sa ferme et cesser ses activités. C’était un homme entêté!» confie en riant le jeune fermier. En 1999, son père décide alors de retourner aux études, dans un tout autre domaine. Un an plus tard, son grand-père est retrouvé chez lui sans vie, écrasé sous le poids de son tracteur. «J’ai continué à travailler sur la ferme les fins de semaine, et un de mes oncles s’occupait du train en semaine, pendant que ma tante tenait la comptabilité.» Caressant intérieurement le projet de prendre la relève, Keven s’inscrit naturellement au programme de gestion et exploitation d’entreprise agricole, offert par le cégep de Victoriaville.
Les ambitions rencontrent la réalité
Malgré les difficultés académiques rencontrées au cours de sa première année au collégial, Keven Poirier s’accroche jusqu’à l’étape cruciale du stage en milieu de travail. «Vers la 3e année du programme, on commence à toucher concrètement à la gestion d’une entreprise agricole. J’ai donc réalisé mon stage à la ferme laitière de mon grand-père, raconte-t-il. En cours de route, j’ai fait plusieurs suggestions pour améliorer les performances, mais elles ne semblaient pas être les bienvenues, puisqu’à mon retour durant les week-ends, rien n’était mis en application.» Découragé, il se détourne momentanément de l’école et de l’entreprise familiale pour aller travailler dans une ferme voisine.
Finalement, en début de 2006, le quota de son grand-père est vendu et son père récupère la maison, le terrain et l’ancienne étable à taures. «Je suis donc retourné à l’école et j’ai été diplômé en 2007», poursuit celui qui n’a jamais perdu de vue son objectif de gérer lui-même sa propre entreprise.
Tout en travaillant à temps plein pour des agriculteurs avoisinants, le futur propriétaire entreprend d’élaborer à la fois son dossier d’établissement pour la Financière agricole, et sa candidature pour le Programme d’aide au démarrage d’entreprises laitières. «Ça m’a pris un mois pour compléter mon dossier de candidature!, s’exclame fièrement le nouveau gestionnaire. Je ne voulais pas perdre de temps, étant donné le contexte économique actuel.»
Après avoir été chercher conseil auprès de deux autres agricultrices de la relève qui venaient de se lancer, il commença à visiter quelques autres agriculteurs de la région, afin de rencontrer les critères dictés par le programme. Ceux-ci mentionnent, entre autres, que l’obtention de l’appui financier est conditionnel à la réception de dons en argent, en équipement ou en bénévolat, de la part d’autres exploitants agricoles bien implantés dans leur milieu.
Au terme d’une tournée lui permettant de récolter les lettres d’intention nécessaires, il finit par obtenir son «étoile» imprimée sur son dossier, lui indiquant ainsi que son dossier est accepté. «Ce ne fut vraiment pas évident, au départ. Déjà que les agriculteurs ne roulent pas sur l’or, j’étais gêné de leur demander leur appui! Mais comme la plupart d’entre eux connaissaient depuis longtemps mon projet, j’ai mis beaucoup moins de temps à les convaincre.»
C’est ainsi qu’il obtient non seulement les deux appuis financiers convoités, mais également un soutien important en provenance du MAPAQ, qui subventionne jusqu’à 50 % des projets pour l’amélioration de bâtiments ou de terres agricoles. Un coup de pouce fort apprécié par le jeune homme qui a dû investir plus de 50 000 $ afin de moderniser ses équipements.
Des 33 vaches dont il doit s’occuper, il possède personnellement six vaches laitières et neuf taures. «Les autres appartiennent à l’éleveur bien connu Pierre Boulet, de Montmagny, qui me les loue. Heureusement d’ailleurs, car ça m’a évité d’investir une somme supplémentaire de 75 000 $, pour l’achat de mes vaches. À long terme, j’aimerais me procurer un sujet de plus par année, en provenance de la même famille», indique finalement M. Poirier.
La vie rurale semble sourire à ce passionné de génétique qui rêve maintenant de développer son propre élevage et d’obtenir un jour le titre de «Maître éleveur».
En attendant, celui-ci «trempe» déjà pleinement dans les aléas du métier… Au moment de prendre la photo officielle, quelle ne fut pas sa surprise de découvrir que les fortes pluies de la journée avaient provoqué un refoulement des eaux à l’intérieur de son étable fraîchement rénovée!
Heureusement que les dégâts furent constatés après notre intervention, sinon ce reportage serait sûrement tombé… à l’eau.
valenrin michael
Commentaire mis en ligne le 8 mars 2009je m'appercois qu'il est aussi dure d'etre agriculteur dans ton pays que dans le mien courage et bonne chance