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Au cœur de l’aventure ovine depuis quatre générations

Article mis en ligne le 9 février 2009 à 15:57
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Au cœur de l’aventure ovine depuis quatre générations
David Mastine est propriétaire de la bergerie Maplestar de Saint-Félix-de-Kingsey. (photo : Kateline Grondin)
Au cœur de l’aventure ovine depuis quatre générations
Par Kateline Grondin
Il aura fallu quatre générations à la ferme Maplestar de St-Félix-de-Kingsey pour passer d’un troupeau de 12 moutons en 1962, à une entreprise d’une taille respectable de 400 brebis. Si vous demandez à son présent propriétaire, David Mastine, quel est le secret pour atteindre le seuil de rentabilité d’une exploitation ovine et le conserver, la réponse est claire : «il faut travailler constamment à augmenter la productivité du troupeau… parce que les consommateurs, eux, ne veulent pas payer plus cher la viande qui se trouve dans leur assiette!»

«Nous travaillons également pour que 80 à 90% de nos brebis agnellent plus souvent, idéalement jusqu’à trois fois par deux ans, afin d’étaler la production et mettre en marché de l’agneau à l’année», explique le producteur, qui tire son expérience d’aussi loin que sa tendre enfance. «J’ai acheté mon premier agneau à mon père alors que j’avais huit ans, pour la modique somme de…30 $. Quatre ans plus tard, je revendais un couple de jumeaux à 250 $ la tête!», se rappelle en riant celui qui est lui-même aujourd’hui le père de trois jeunes enfants.

Bien qu’ayant connu plus jeune les aléas de la production laitière, car jusqu’en 1979 les moutons cohabitaient avec les vaches à la ferme paternelle, David Mastine a préféré se diriger exclusivement vers la production ovine. «Au moment d’acheter la ferme à mes parents, en 1990, nous possédions un troupeau de 100 bêtes. Nous avions également une érablière, mais le verglas de 1998 nous a forcés à la vendre. À l’époque, nous avions été déclarés la seconde exploitation agricole à avoir subi le plus de dommages au Québec!», se rappelle encore M. Mastine. Celui-ci bénéficie également depuis 1996 du support de son épouse Erika, qui s’implique au niveau de la gestion administrative de la bergerie.

«La demande pour la viande ovine au Québec est en hausse», note le producteur, en partie en raison de l’augmentation de l’immigration au Québec. «Au départ, mon marché se situait surtout au niveau des consommateurs italiens et grecs de la province, particulièrement lors de la période de Pâques et celle de Noël. Maintenant, le nombre croissant de musulmans au Québec favorise aussi l’augmentation de la demande», explique-t-il.

Mais si la demande est en hausse, le secteur agroalimentaire évolue rapidement et les producteurs doivent donc composer avec des coûts d’exploitation qui ne cessent d’augmenter (notamment le prix des grains) et un marché qui imposent de nouvelles façons de faire, lesquelles entraînent parfois de lourdes procédures administratives.

«Parfois, cela peut prendre la journée pour remplir des formulaires. Quand nous ne sommes pas à l’étable pour soigner nos moutons, nous ne rapportons rien!», critique sur ce point David Mastine, en prenant pour exemples le système de traçabilité et l’évolution du modèle de l’assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA) qui passera du nombre de brebis assurables vers le nombre de kg d’agneaux vendus. Comme bien des producteurs, M. Mastine s’interroge également sur les conséquences qu’aura le nouveau système d’évaluation du volume assurable sur le revenu de son entreprise. «Par exemple, à partir de quand je devrai appliquer le nouveau système?», interroge-t-il. «Nous aurions besoin d’un peu plus d’informations. Le secteur se transforme plus rapidement que notre capacité à nous y adapter».

Le producteur anticipe également qu’avec ces nouvelles mesures, plusieurs races finiront progressivement par disparaître, puisque les producteurs privilégieront celles qui obtiendront le poids le plus élevé, pour la plus courte période d’élevage. «Ce n’est pas mauvais que certaines races disparaissent, mais c’est important de conserver une grande variété», explique M. Mastine, afin de répondre aux exigences des différents marchés de la viande ovine.

À ces différentes interrogations, la conseillère en communications du MAPAQ Centre-du-Québec Mélissa Caron, qui était présente au moment de l’entrevue, affirme que c’est pour répondre à ces questions que le MAPAQ Centre-du-Québec et le Syndicat des producteurs ovins de la Mauricie et du Centre-du-Québec organisent annuellement une Journée INPACQ Ovins. La plus récente avait lieu à Princeville le 5 février dernier, sous le thème «Quand la productivité du troupeau devient déterminante». À ce chapitre, David Mastine possède une expérience qui mérite d’être partagée.
Expérimenter pour progresser
Membre actif au sein des différentes associations reliées au secteur de la production ovine, dont le Syndicat des producteurs ovins de la Mauricie et du Centre-du-Québec, la Société canadienne des éleveurs de moutons, la Société des éleveurs de moutons de race pure du Québec (SEMRPQ) et l’Association des éleveurs de moutons des Cantons-de-l’Est (dans laquelle il s’implique depuis plus de 25 ans), David Mastine participe également à GenOvis, un programme d’évaluation qui permet aux éleveurs d’identifier et de sélectionner les sujets à haut potentiel génétique. Le producteur a d’ailleurs eu l’idée d’organiser l’an dernier, à Richmond, un encan de 27 béliers, fruit d’une collaboration entre la SEMRPQ et le Centre d’expertise en production ovine du Québec (CEPOQ). «Grâce à cette activité, le Québec a connu sa meilleure année pour la valeur des ventes. La majorité des béliers se sont vendus à un prix plus élevé que la moyenne canadienne», rapporte David Mastine, en invitant les éleveurs et acheteurs au prochain encan qui aura lieu en mai 2010, toujours à Richmond. L’éleveur souligne que cette activité contribue aussi à développer un nouveau marché, tout en profitant de la force du réseautage.
«Participer à GenOvis permet surtout d’améliorer les performances du troupeau, tout en se maintenant compétitif à l’échelle nationale», ajoute-t-il. Sur ce point, David Mastine est fier d’annoncer que son cheptel obtient d’ailleurs des performances bien au-dessus de la moyenne canadienne. «Ça nous donne de bons arguments de vente !», ajoute le propriétaire de la ferme Maplestar, qui se spécialise principalement dans la production d’agneaux de lait. «Environ 73% de mon cheptel est revendu pour abattage, 10% du troupeau est ensuite vendu pour reproduction et je conserve 17% pour ma propre reproduction», précise M. Mastine, qui élève à cette fin près d’une quarantaine de moutons de race Suffolk.

Afin d’améliorer certaines caractéristiques génétiques de ses bêtes, il croisera également deux croisements hybrides, telles que la Dorset-Arcott Rideau avec la Lacaune-Romanov. Ce croisement conduirait à des agneaux dont la laine tarde à pousser. «La majorité des acheteurs préfèrent les agneaux presque sur la peau, car certains associent la laine à un agneau plus âgé», précise M. Mastine.
Une production ciblée et en forte expansion
La production ovine fait partie des cinq types de productions ciblés par les intervenants du secteur agroalimentaire du Centre-du-Québec. Son potentiel de marché lié à la viande et au lait de spécialité a permis d’attirer l’attention de l’industrie vers ce type de production, qui a vu la taille moyenne de ses troupeaux quadrupler depuis les trente dernières années. Avec ses 116 producteurs ovins, le Centre-du-Québec se hisse maintenant au 3e rang à l’échelle du Québec, qui dénombre un total de 1290 entreprises ovines. «On a constaté que ce secteur performait bien et qu’il contribuait à distinguer la région par ses produits de spécialités, au même titre que la canneberge et les petits fruits, l’acériculture et l’agriculture biologique», explique la porte-parole du MAPAQ, Mélissa Caron.
Celle-ci soutient d’ailleurs que l’an dernier, 30% des interventions du MAPAQ en ce qui concerne la relève et l’établissement étaient reliés à la production ovine.

À ce chapitre, David Mastine applaudit l’augmentation des ressources qui viennent en aide à la relève et qui offre l’expertise nécessaire aux producteurs ovins. «L’avenir de l’industrie passe par ces différentes formes de support, et il y en a plus qu’avant!», souligne l’éleveur, en prenant pour exemples le CEPOQ, le Réseau Agriconseils Centre-du-Québec ou encore les Journées INPACQ organisées par le MAPAQ et les acteurs de l’industrie.

Pour sa part, M. Mastine conseille aux jeunes agriculteurs qui ont un projet de démarrage de visiter plusieurs établissements avant de démarrer leurs projets. «Allez visiter 6 à 8 fermes, pour récolter le maximum d’idées. Ceci vous aidera tant au niveau de la production, que de la gestion de l’entreprise.»

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