Luc Nadeau tenant l'une de ses «dames» en bleu… et blanc
En bleu et blanc, les vaches de M. Nadeau!
Le producteur Luc Nadeau a un faible pour le bleu. Tellement que son troupeau laitier compte quatorze vaches dont la robe est tachetée de bleu. Oui, comme peut l’être l’acier, d’un bleu qu’on perçoit davantage lorsqu’on le compare au noir de la vache Holstein de la stalle d’à côté.
C’est La Terre de chez nous qui nous a mis sur la piste de la Ferme Jerry et Johanne, propriété de Luc et de Johanne Gauvreau dans le Rang 5 à Saint-Norbert-d’Arthabaska. Le journal agricole lui consacre un article dans son édition du 5 février.
Cela fait le bonheur de Luc Nadeau qui, depuis longtemps, rêve de présenter ses vaches bleues sur la «scène» agricole, lui qui s’investit aussi au théâtre à Norbertville.
Par pur plaisir, voire par coquetterie, admet-il, Luc Nadeau «cultive» du bleu dans son troupeau, recourant à la semence d’un curieux taureau Bleu blanc belge (BBB) qu’on ne voit pas beaucoup paître au Québec.
Selon Wikipedia, 45% du cheptel belge serait composé de ces vaches BBB dont on dirait qu’elles s’adonnent au culturisme, tellement elles ont du muscle et un arrière-train hypertrophié (en raison de leur gène culard).
Règle générale, ce sont les producteurs de boucherie qui s’intéressent à la race BBB la croisant avec d’autres races bovines pour améliorer leur rendement en viande.
Mais il faut peut-être avoir la fantaisie d’un Luc Nadeau pour croiser ses vaches laitières Holstein avec du Bleu blanc belge! «Je suis un des rares producteurs laitiers à le faire. Et je le fais pour m’amuser», dit-il.
Il rappelle que, jadis, au Québec, il n’était pas rare de voir des Holstein bleues. Elles étaient issues d’un croisement avec la Durham, croit-il.
Quand son père Roger s’est établi sur cette ferme du Rang 5, il y avait déjà cinq Holstein bleues dans le troupeau, se rappelle le producteur de 50 ans.
Il y a dix ans, il découvrait la semence du Bleu blanc belge au Centre d’insémination artificielle du Québec et entreprenait de l’utiliser pour retrouver le bleuté des vaches d'antan.
À la fermette du Festival des fromages de Warwick, en 2002, il avait présenté deux spécimens de son troupeau.
On pourrait dire que c’est à «petites doses» qu’il croise ses Holstein avec le BBB. Parce qu’il veut se soustraire aux problèmes de vêlage inhérents à la conformation de la race belge ; une césarienne serait souvent nécessaire chez ces vaches pur sang. «J’en ai eu quelques problèmes en croisant de nouveau une vache bleue avec de la semence de Bleu blanc belge.»
Pour sa «satisfaction personnelle», il continue d’entretenir du bleu dans son troupeau d’une quarantaine de têtes. Mais pas question de «teinter» tout son troupeau.
D’ailleurs, note-t-il, le rendement en lait est, en moyenne, moins important, quelque 5 500 kilos, comparativement aux 7 000 à 10 000 kilos pour une Holstein. «Mais ça faisait mon affaire que ma production baisse, parce que j’avais beaucoup de surplus, dépassant mon quota de 24 kilos par jour», souligne-t-il.
Il soutient que ses vaches bleutées se traient tout aussi facilement que les autres. Certaines présentent certaines des caractéristiques de la BBB, des pattes plus courtes et sont plus charnues que ses vaches Holstein. Et puis, il observe qu’elles sont plus faciles à faire saillir.
Il lui arrive de vendre de ses veaux «bleuets» à Daniel Moreau, un producteur bovin ; ce voisin les croise avec ses Angus.
La plupart du temps, Luc Nadeau recourt à l’insémination pour la saillie de ses vaches. Il sait que si la vache est noire, elle engendrera un rejeton bleu foncé ; il sera bleu pâle si la mère a un pelage blanc. Il y a trois ans, son taureau était bleu foncé. Aujourd’hui, celui qui beugle pour «saluer» les visiteurs ne porte que la moitié des gènes du BBB.
Lorsque l’été, les vaches sont au champ, le soleil met en valeur les paillettes bleues de leur robe. Luc Nadeau s’en émerveille encore… comme du spectacle du troupeau Highland paissant dans les pâturages de son voisin.