Annonces classées | Enchères | Appel d'offres | Emplois | Circulaires | Nos Hebdos | Interurbain | Rencontre en ligne
Transcontinental
Forum 17
Accueil
Envoyer ce texte à un ami Imprimer cette page Réagissez à cet article

Un grand stress pour les forêts… et pour leurs proprios

Hélène Ruel par Hélène Ruel
Voir tous les articles de Hélène Ruel
Article mis en ligne le 2 janvier 2008 à 21:23
Soyez le premier à commenter cet article
Un grand stress pour les forêts… et pour leurs proprios
Les ingénieurs forestiers Daniel St-Hilaire et Daniel Gagnon entourant Gaston Roy, président du Syndicat des producteurs de bois du Centre-du-Québec.
Un grand stress pour les forêts… et pour leurs proprios
On ne pourra jamais vraiment quantifier les pertes économiques encourues par les producteurs forestiers à l’issue de la tempête de verglas de 1998. «Parce que même si on peut chiffrer l’aide gouvernementale allouée aux producteurs pour restaurer leur érablière ou leur boisé, l’ampleur des dommages a en découragé beaucoup. Quand il y a une petite avarie, on va tout de suite réparer. Mais là, dans beaucoup de cas, toute la forêt était touchée. La forêt, c’est un domaine sensible», raconte Gaston Roy, président du Syndicat des producteurs de bois du Centre-du-Québec.
M. Roy, résidant de Princeville, lui-même propriétaire d’une érablière et de terres à bois, n’a pas été personnellement touché par la tempête de verglas de 1998.
Des hommes pleuraient
Mais il connaît bon nombre de producteurs que le désastre a littéralement anéantis. Bien des hommes ont pleuré en décrivant le spectacle désolant de leur forêt, de leur sucrerie. «Et j’aurais pleuré aussi», admet Gaston Roy.
«Parce qu’un boisé, c’est souvent une partie de son patrimoine. On l’a reçu de ses parents, on le cultive pour ses enfants.»

Dans la seule MRC d’Arthabaska, le verglas a affecté plus ou moins gravement 74 252 hectares de forêt, note l’ingénieur forestier Daniel St-Hilaire, qui, à l’époque, travaillait pour le compte de la Société de sylviculture d’Arthabaska-Drummond. «Les dommages étaient légers dans 34% des cas, modérés dans 30% et graves dans 36% des cas», précise-t-il.

Au total, selon les statistiques recensées par le ministère des Ressources naturelles, c’est 1,8 million d’hectares de boisés, appartenant à 30 000 propriétaires qui ont souffert du verglas dans les régions des Bois-Francs, de la Chaudière, de l’Estrie, des Laurentides, de la Montérégie et de l’Outaouais.

Daniel St-Hilaire se souvient d’avoir patrouillé ce qui était devenu une «forêt de cristal». Comme si la tempête s'était frayée une sorte de corridor. «C’était grave et très grave pour les boisés de Sainte-Élizabeth, Sainte-Séraphine, Kingsey, Tingwick, Danville, Durham, L’Avenir.»

Arbres déchirés, cimes brisées, jeunes arbres complètement pliés sous le poids de la glace. Il était dangereux de circuler aux abords des arbres et tout à fait téméraire d’entrer dans ces boisés dévastés, avec des branches qui menaçaient de tomber ou ces arbres pliés risquant brusquement de se relever. «Et les chevreuils étaient en panique!», rappelle Daniel St-Hilaire. Toute la forêt et sa faune ont subi un grand stress.
L'angoisse des proprios
Le stress s’était également emparé des propriétaires. Que faire maintenant? Que va-t-il advenir de la forêt? Quels impacts aura le verglas sur la longévité des arbres? À toutes ces questions, les ingénieurs forestiers ne pouvaient alors fournir de réponses précises. «Patience, patience», pouvait-on seulement recommander.
Les réponses sont venues de la nature, du temps qui passe, mais aussi des recherches menées sur le terrain, des discussions entre producteurs. «C’était un phénomène unique, localisé. Pour la première fois, la forêt privée du sud du Québec accueillait des chercheurs, des experts pour étudier l’impact du verglas sur les arbres et la forêt», raconte Daniel Gagnon, ingénieur forestier.

En 1998, le jeune Gagnon était étudiant à l’Université Laval. C’est finalement cette tempête du verglas et surtout ses suites qui lui ont permis de trouver du travail ici, dans sa région natale.

À l’Université, Daniel Gagnon avait conçu un logiciel pour estimer le pourcentage des dommages et guider la prescription sylvicole. Selon l’âge de l’arbre, son essence, son diamètre, le pourcentage de cime disparue, l’ingénieur pouvait alors prescrire les travaux à mener, allant d'une coupe partielle à une récupération totale.
On en voit encore les effets
L’impact du verglas, on commence à en voir les effets à long terme, ajoute l’ingénieur. De jeunes arbres dont la tête a été brisée en 1998 se sont coiffés d’une «baïonnette». «Pour un producteur forestier, un arbre comme ça offrira un moins long tronc, ce qui constitue aussi une perte», note Gaston Roy.
Certaines intuitions des ingénieurs se sont muées en certitudes. L’avenir est lourdement hypothéqué pour un arbre ayant perdu 80% de sa cime. Pour des dommages moins importants à la tête, étonnamment les arbres se sont refait un bon feuillage au bout de deux ans.

Daniel St-Hilaire poursuit en disant que 50% des érablières qu’on a dû abattre se sont régénérées. «Du moins pour celles se trouvaient déjà dans le bon site.»
Comme une société humaine
Le temps aura démontré qu’un verglas, comme n’importe quel autre désastre, aura été plus dommageable pour les vieux arbres. «Exactement comme dans une société humaine, il y a des peuplements plus vulnérables que d’autres», note Daniel Gagnon.
Pour les arbres comme pour les gens, on parle même de la «résilience» de certains peuplements, renchérit Daniel St-Hilaire.

Si l’on ne peut se prémunir d’une tempête de verglas, on sait maintenant qu’il existe tout de même des moyens de réduire les dommages. «Le verglas a sonné l’heure de la reconstruction et de la biodiversité», souligne Daniel St-Hilaire.

Un verglas provoquera moins de dommages sur une forêt composée d’arbres d’essences et d’âges différents. On sait aussi que certains arbres sont plus résistants que d’autres à une forte épaisseur de glace. Les épinettes, les chênes, les pruches, les noyers noirs ont, par exemple, une plus grande résistance que les érables, les bouleaux, les pins gris, les tilleuls ou les peupliers.

Daniel St-Hilaire poursuit en disant que les coupes d’éclaircie constituent toujours la consigne, tout en préservant quelques arbres brisés pour procurer un refuge aux écureuils, hiboux et lièvres.

«Mais parce qu’il faut aussi considérer la nature du site, il est difficile de généraliser. C’est souvent du cas par cas», note Gaston Roy.
Moins de réclamations
Si des 33 000 producteurs affectés par le verglas, 11 000 seulement ont réclamé 18,8 des 60 millions $ disponibles (en provenance de Québec et d’Ottawa), c’est qu’il a fallu au moins deux ans à attacher tous les fils des programmes, racontent M. Roy et les deux ingénieurs forestiers.
Et puis, il faut dire qu’il y a plusieurs types de producteurs, ceux qui vivent exclusivement des revenus de leur forêt et ceux pour qui l’érablière ou le boisé constitue un revenu d’appoint. «Plusieurs ont reculé quand il s’est agi de fournir leurs déclarations d’impôt», se rappellent les ingénieurs.»

«Il y avait deux mondes chez les producteurs. Certains en ont profité pour tout couper. D’autres s’y refusaient totalement», ajoute Daniel Gagnon.

Gaston Roy rappelle que le Syndicat des producteurs de bois avait pris des dispositions s’attendant à recevoir de gros volumes de bois à mettre en marché. «On s’attendait à ce que ça bûche beaucoup plus qu’à l’habitude. Mais ça n’a pas été le cas.»

D’ailleurs, des 4 115 hectares martelés en vue d’être coupés au Centre-du-Québec, 2 137 l’ont finalement été.

Ce grand stress des forêts et de leurs propriétaires inspire à la fois une conclusion et un souhait à Gaston Roy. «On peut souhaiter qu’un verglas ne se reproduise plus jamais!»

Chroniqueurs

Chez nos voisins