Rwanda, Congo, Cameroun, le «champ» de Guy Richard n’a pas de frontières
D’abord formé en agronomie, c’est pourtant un tout autre et surtout un très vaste champ que Guy Richard cultive depuis un plus de vingt ans. Ses spécialités ? La commercialisation des produits et le développement organisationnel. Et c’est, souvent valise à la main, parce que son champ n’a pas de frontières, qu’il exerce son expertise : au Rwanda, en République démocratique du Congo (autrefois Congo Belge, puis Zaïre), au Mali, à Madagascar, au Burkina Faso, au Cameroun, et quelques incursions en Amérique Latine comme au Paraguay.
Originaire de Sainte-Gertrude (Bécancour), où il vit toujours, dans la maison et sur la terre où il est né il y a 51 ans, Guy Richard possède un troupeau d’une cinquantaine de bovins de boucherie, après avoir tâté du bison. Son statut de producteur agricole, il ne le possède vraiment que depuis treize ans.
C’est parce que l’agriculture l’intéressait, mais qu’il n’avait pas les moyens de s’acheter une ferme, que le jeune Guy Richard prend le chemin de l’université pour se former en agronomie.
Après avoir obtenu son baccalauréat, il s’installe dans les bureaux de l’UPA à Longueuil au service de commercialisation, travaillant pendant quelques années à soutenir les productions en émergence : moutons, lapins, chèvres.
La «piqûre» du voyage, il l’avait déjà reçue lors d’un stage de six mois en production ovine en Australie, alors qu’il était encore étudiant.
La vie africaine
Aussi a-t-il répondu «présent» à cette offre de l’Organisation canadienne pour la solidarité et le développement, acceptant de s’installer au Rwanda avec son épouse, éducatrice spécialisée, et leurs deux garçonnets de un et deux ans, Philippe et Guillaume. «L’Afrique m’avait toujours attiré.»
Pendant deux ans, entre 1985 et 1987, Guy Richard travaille avec des producteurs de légumes rwandais à former une coopérative, à créer des comptoirs de vente, bref, à mettre en place une organisation permettant aux maraîchers de vendre leurs produits… et de les vendre frais.
En 1987, Développement International Desjardins propose à l’agronome un autre poste, celui-là au Zaïre, pour épauler les producteurs de bœuf. Là, encore pendant deux ans, c’est surtout un travail de conseiller et d’enseignant, qui a occupé Guy Richard. «Les producteurs avaient formé 43 groupements d'élevage. On vulgarisait toutes ces notions liées à la génétique, l’alimentation, les maladies.»
Avant d’occuper un autre poste à Goma au Zaïre, cette fois pour Mallette International, Guy Richard rentre au Canada en 1988, le temps pour son épouse d’accoucher dans des conditions plus sûres, de leur troisième enfant. «Maude a été conçue au Rwanda, portée au Zaïre et née au Canada. C’est peut-être ce qui explique son goût du voyage», dit son père, évoquant les séjours de sa benjamine au Pérou et au Sénégal entre autres.
Pour ce contrat avec Mallette International, toujours financé par l’Agence canadienne de développement international, Guy Richard retourne à la commercialisation des légumes.
«Il fallait améliorer le système de commercialisation, les producteurs perdaient la moitié de leurs légumes. Là aussi, comme au Rwanda, on a regroupé les producteurs afin de créer une coopérative et construire de petits entrepôts. Trop souvent leurs choux pourrissaient au bord des chemins.»
Fin 1991, l’année du génocide au Rwanda, le climat politique au Zaïre se détériore à tel point que le ministère canadien des Affaires étrangères demande à tous ses ressortissants de quitter le pays.
Guy Richard laisse partir toute sa famille et prend le risque «calculé», dit-il, de rester quelques semaines sur place, le temps de «sécuriser l’endroit», de mettre les projets sur la «glace».
«Je n’étais pas vraiment inquiet pour ma sécurité. Je connaissais beaucoup de monde et des policiers. Jamais je n’ai senti de racisme à mon égard. Bien sûr que la couleur peut faire une différence. Mais ce qui fait encore plus la différence, c’est notre richesse. C’est ce qui est le plus gênant… de vivre à côté de gens qui ne gagnent que 30 $ par mois. Je suis donc resté pour protéger ce qu’on avait mis en place. On avait constitué un groupe d’acheteurs, acheté des véhicules, formé la coopérative de producteurs. Tous ces projets ont finalement été abandonnés, le pays ayant vécu guerre sur guerre. J’y suis retourné plus tard pour constater que la coopérative existait toujours, mais qu’elle ne pouvait être fonctionnelle.»
Dur retour au pays
Pendant quelques années, Guy Richard abandonne le développement international. Il revient au pays, travaille à la Financière agricole à Boucherville, puis retourne à l’UPA en 1993, œuvre à la direction de la commercialisation durant trois ans, toujours pour les productions en émergence, comme la chèvre et le lapin.
En 1996, l’accident de voiture de son épouse, a failli mettre un terme définitif aux missions de Guy Richard. Ses deux fils étaient à bord et ont tous deux subi un traumatisme crânien, plus grave dans le cas de Philippe. «Je me disais, à regret, que je ne retournerais jamais en Afrique, Philippe devant fréquenter une école spécialisée.»
Mais la vie en a voulu autrement. Il se trouvait au Cameroun une école américaine où la petite taille des classes permettait aux profs d’offrir un enseignement individualisé, ce qui convenait tout à fait à l’adolescent convalescent.
Au Cameroun, pour UPA Développement international, une autre corporation à but non lucratif servant à exporter l’expertise des gens d’ici, Guy Richard travaille pendant deux ans à soutenir les efforts d’exportation des producteurs de bananes, de mangues, d’ananas.
Depuis 1998, Guy Richard voyage encore beaucoup, tout en revenant à son port d'attache, Bécancour, où il a réinstallé sa résidence. Il a graduellement quitté ses fonctions à l’UPA Développement international, pour oeuvrer à titre de consultant.
Dur, dur l'agriculture
Guy Richard constate que partout l’agriculture est un métier difficile et que, ici comme ailleurs, les producteurs sont obligés de prendre ce que les acheteurs veulent bien leur donner. Que ce soit en Afrique, en Amérique Latine ou en Amérique du Nord, le consultant affirme que les producteurs n’améliorent leur sort et leurs conditions de vie qu’en se regroupant.
Partisan de la souveraineté alimentaire, M. Richard croit qu'il y a moyen de faire de la place au libre marché. «Je crois au commerce… mais au commerce des surplus. Il faudrait d’abord s’assurer que le pays puisse assurer son autosuffisance. On ne peut pas se fier qu’au système de libre marché.»
La crise de l’agriculture se généralise, poursuit-il. «Mais ses impacts sont peut-être moins visibles dans les pays en développement où l’agriculture en est encore une de subsistance…»
De toutes ses expériences en pays étrangers, Guy Richard en retient une leçon, celle que la réduction de la pauvreté passe bien davantage par la formation. «Donner des outils et des infrastructures, ça aide à court terme, mais ça rend dépendant. Je crois que la formation aux techniques de production, à l’organisation, pavent mieux la voie à la diminution de la pauvreté.»
Le globe a beau avoir été son milieu de vie et de travail, Guy Richard s'est toujours considéré comme quelqu’un de Sainte-Gertrude.
Il a toujours entretenu un sentiment d’attachement à son patelin et ce rêve depuis si longtemps caressé d’exploiter une ferme. Tellement attaché à son coin de pays qu’en 2005, il menait campagne pour se faire élire au conseil municipal de Bécancour.
Encore là, c’est en partie cette envie de défendre l’agriculture et les agriculteurs qui l’a incité à devenir conseiller municipal, Bécancour ayant vécu des «tiraillements», note-t-il, comme une plus difficile cohabitation entre monde urbain et monde agricole et de fortes augmentations de taxes foncières pour les producteurs.