Vincent Ménard, Carole Aubin et leurs deux enfants, Jérémy et Amélie
Le bio, c'est l'avenir!
Vendre lui-même le veau et le bœuf biologiques qu’il a élevés dans ses champs du 9e Rang de Wickham a transformé la vie, les pratiques et les perceptions du producteur Vincent Ménard. «C'est beaucoup plus valorisant!». «On s’en fait presque une mission. Le bio, c’est l’avenir!», renchérit son épouse, Carole Aubin.
Et l’on sent bien toucher une fibre sensible quand on évoque les raisons pour lesquelles, le producteur, maintenant âgé de 40 ans, a décidé de donner une autre vocation à son entreprise d’élevage.
«Avec le bio, on voit la lumière au bout du tunnel», dit le producteur, évoquant à quel point la crise de la vache folle avait obscurci ses perspectives d’avenir.
C’est très dur l’agriculture, reconnaît-il. Jamais, ajoute-t-il, il n’aurait pu s’y frayer un chemin sans l’aide de son père, Jean-Marc. C’est de lui qu’il a acquis la ferme où il est né et a grandi.
«Au prix où sont les terres aujourd’hui, je ferai de même avec mes enfants s’ils sont intéressés à reprendre l’entreprise», promet-il.
Pour l’heure, les enfants sont encore bien jeunes, tout juste des adolescents. Mais ils en connaissent déjà un bon bout sur l’élevage et sur la viande… participant activement à l’entrevue.
Aller au-devant de la clientèle
Tous les samedis, depuis avril dernier, la ferme Vincent-Ménard, surtout Carole et sa fille Amélie, prend plaisir à aller au-devant de la clientèle du nouveau marché bio de Rose Drummond, lui proposant, en biftecks, en cubes, en jarrets, en rôtis, en escalopes, ces veaux et ces bouvillons qu’elle a patiemment soignés et nourris.
Se rapprocher du consommateur donne une tout autre dimension au travail d’élevage. «C’est plus encourageant et stimulant» que de vendre le veau et le bouvillon sur pied à l’encan, souligne le producteur.
Ce contact direct avec la clientèle devrait s’accentuer, puisque le couple est en train de construire, à la ferme, un entrepôt et un kiosque de vente.
Le comptoir s’ouvrira une journée par semaine à compter de la mi-septembre, du moins dès qu’on aura terminé les travaux.
«Le marché bio nous a donné un bel élan pour nous faire connaître et faire goûter nos produits. Il nous faut aller aux clients. Mais au kiosque de la ferme, on croit qu’on pourra augmenter nos ventes de carcasses.»
Le comptoir de vente permettra, par ailleurs, à la clientèle de se familiariser avec l’environnement dans lequel vivent les Aubin-Ménard, leurs deux enfants, Jérémy et Amélie, et leur troupeau de quelque 90 têtes.
Des virages
Vincent Ménard, avant-dernier d’une famille de sept enfants, a acquis de son père, en 1990, cette ferme de 500 arpents et un troupeau alors constitué de 60 vaches. Déjà, son père Jean-Marc avait délaissé la production laitière pour l’élevage de bovin de boucherie.
Durant près de 10 ans, Vincent Ménard a exercé et son métier de soudeur et son métier d’éleveur. «Mais il avait toujours en tête de devenir son propre boss et de délaisser le travail en usine», raconte Carole. Montréalaise d’origine, elle a fait la connaissance de Vincent Ménard au hasard d’un séjour à Lefebvre. En 2000, le couple se marie.
Carole vient tout juste d’abandonner son métier de coiffeuse qu’elle a pratiqué durant 19 ans. Elle a ainsi plus de temps à consacrer à la ferme, donnant un coup de main à l’élevage, mais s’occupant surtout de l’administration et des ventes.
C’est d’ailleurs, bien davantage, le choix de mener veaux et bouvillons à l’abattoir, de se familiariser avec les coupes de viande, d’aller vers la clientèle que de prendre le virage biologique qui a métamorphosé l’univers des Aubin-Ménard.
«La conversion au biologique ne nous a pas demandé tant de changements. On n’avait jamais vraiment utilisé d’engrais chimiques ici. Maintenant, au lieu d’utiliser des pesticides, on utilise le sarcleur. C’est un peu plus d’ouvrage. Et puis, en élevage biologique, on met plus de temps à engraisser veau et bouvillon.»
Il faut presque deux ans (trois à quatre mois de plus qu’en élevage conventionnel) d’élevage avant de mener un bouvillon de 1 400 livres (vivant) à l’abattoir, alors que le veau né au printemps est vendu l’automne suivant.
En 2001, la ferme Vincent-Ménard a changé ses pratiques et décroché, en 2005, sa certification Québec vrai.
Se concentrer sur la qualité
Autosuffisante, la ferme Vincent-Ménard nourrit son troupeau du maïs, de l’avoine et de l’orge qu’elle cultive et sur ses propres terres et sur une autre terre qu’elle loue.
Si le taureau est Limousin, le troupeau est issu de croisement avec du Charolais et du Simmental. «Les vaches sont de souche Holstein, issues du troupeau de mon père. Ce qu’on cherche, c’est un croisement d’avantages», précise Vincent Ménard.
L’élevage de pur-sang nécessite trop de «paperasses» comme il dit, alors qu’il y a beaucoup à faire pour fignoler le produit. Parce qu’il veut se concentrer à faire un bon bovin, il ne cherche pas à produire d'autres types de viande, comme du porc ou du poulet bio, par exemple.
Des ventes encourageantes
Son étal du marché biologique de Rose Drummond ne permet pas pour l’instant à la ferme de Wickham de vendre tous les veaux et les bouvillons qu’elle produit. Il lui faut encore destiner une partie de ses animaux vivants à l’encan.
Mais les ventes sont encourageantes (treize bouvillons et cinq ou six veaux) et le goût de la viande bio commence à intéresser une plus large clientèle, estiment Carole et Vincent.
«Plusieurs catégories de gens achètent notre viande. Certains sont convaincus depuis longtemps et veulent un produit exempt de produits chimiques et d’agents de conservation. D’autres tentent une transition progressive, mettant de temps en temps de la viande bio à leur menu. Au marché, beaucoup de gens se montrent curieux et veulent goûter.»
Et c’est en satisfaisant la curiosité des clients que la ferme Vincent-Ménard croit que les goûts pourront changer. «La viande bio n’est pas toujours plus tendre ou plus goûteuse. Mais elle est meilleure pour la santé», mentionne Carole.
Et puis, signale l’éleveur, la qualité du surlonge dans son assiette est bien sûr tributaire de l’éleveur et du boucher, mais elle l’est aussi de celui ou celle qui l’a apprêté, signale le producteur.
Sans vouloir s’y mettre elle-même, la ferme Vincent-Ménard serait prête à envisager un marché de transformation de sa viande. «Transformer, c’est une autre paire de manches! On aurait de l’ouverture pour quelqu’un qui serait intéressé à cuisiner avec notre viande.»
Ce serait là une autre façon pour l’entreprise de diversifier ses marchés et d’exploiter au maximum la filière biologique.
On peut obtenir plus d’informations sur la ferme Vincent-Ménard, située au 374, Rang 9 à Wickham en lui écrivant à l’adresse électronique suivante : ferme.menard@sympatico.ca.