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Agroforesterie : la partie n’est pas encore jouée…

Article mis en ligne le 6 juin 2007 à 16:03
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Agroforesterie : la partie n’est pas encore jouée…
Gilles Théberge

Président du Regroupement agroforestier centricois

Dans un document de grande qualité publié récemment, les auteurs, Nathan De Beats, Stéphane Gariépy et André Vézina, dressent un portrait exhaustif de l’agroforesterie au Québec . On y découvre un univers encore méconnu, portant néanmoins en son essence un potentiel de développement aux retombées incalculables en matière d’économie, de création d’emploi, de développement social, de protection de la biodiversité et de protection de l’environnement.
En effet, l’agroforesterie pourrait être sur les lèvres de tous ceux et celles qui se préoccupent avec raison de l’état pitoyable dans lequel se débat l’agriculture, néanmoins la coupe en demeure éloignée. Et il semble que ce n’est pas demain la veille que la soif d’un renouveau, pourtant nécessaire, sera apaisée.

Cette impression est renforcée à la lecture d’un article de Jean Hamann publié dans la dernière édition de la revue Contact . Ainsi, peut-on y lire en sous-titre, que « Plantes indigènes et champignons pourraient donner un coup de pouce à l’économie des régions, pourvu qu’on arrive à les mettre au cœur d’une agroforesterie réfléchie…». C’est bien là, en effet, que réside une bonne partie du problème. Une partie seulement, et il faudra y revenir.

L’agroforesterie se compose d’une vaste panoplie de pratiques variées, toutes plus intéressantes les unes que les autres. Cependant, parmi les produits forestiers non ligneux, les PFNL, on retrouve parfois des catégories de produits qui, à plusieurs points de vue, se situent dans la réalité aux antipodes les uns par rapport aux autres.

On admettra facilement qu’un monde sépare la production d’arbres de Noël de la culture du ginseng pour ne prendre que ces deux exemples. D’une part, une production massive de type industriel à caractère conventionnel, d’autre part, une culture patiente, idéalement sinon nécessairement de type biologique, à caractère artisanal, et implantée généralement dans une perspective de valeur ajoutée, à côté d’une production acéricole existante.

Il y a de bonnes chances que l’un ou l’autre de ces producteurs n’ait pas pleine conscience d’être engagé dans une pratique agroforestière. Dans ce contexte, mince est la perspective d’organiser « une agroforesterie réfléchie », fondée sur des convergences et exigeant un engagement volontairement consenti qui aille au-delà d’une simple vision productiviste,

À cela s’ajoutent d’autres difficultés, notamment en ce qui a trait à la production des PFNL représentés le plus souvent par des plantes d’ombre cultivées en sous bois. Plantes médicinales pour l’essentiel, dont les perspectives de la demande sont prometteuses.

Plusieurs de ces plantes, indigènes à l’origine, ont été surexploitées, parfois spoliées, et sont menacées d’extinction. C’est le cas de l’If de l’ouest, par exemple, exploité abusivement pour les taxanes de son écorce, et il n’est pas le seul dans cette situation précaire.

Par conséquent, tant pour assurer la survie de ces espèces que pour répondre à des besoins grandissants, il est nécessaire de trouver le moyen d’apprivoiser ces plantes sauvages pour les introduire, sinon les réintroduire, avec succès dans nos forêts.

Il s’agit cependant d’une aventure difficile si l’on en croit les chercheurs impliqués dans cette entreprise. Nous sommes donc condamnés tant que des solutions efficaces ne seront pas rendues disponibles, à continuer de puiser dans les réserves naturelles avec les risques que cela comporte.

Plantes rares et fragiles, difficiles à séduire donc. Cela constitue certainement un frein au développement de cette part de l’agroforesterie, peut-être la plus consciente de son état. La production des PFNL et parmi elles celle des plantes médicinales, si elle n’est qu’une partie du vaste champ de l’agroforesterie, est la seule qui, par ailleurs, fasse l’objet de pratiques relativement nouvelles, exigeant « soins et travail » pour reprendre les mots du chercheur Alain Olivier.

Mais il y a plus. Les agroforestiers de demain, cette espèce en voie d’apparition, doivent être soutenus si l’on espère que ce champs d’activité, aujourd’hui encore relativement marginal, s’épanouisse et débouche sur des pratiques menant à des résultats tangibles, démontrant tant son efficacité que sa rentabilité selon tous les aspects sous lesquels elle est envisagée.

Il est probable, comme le soutiennent messieurs De Beats, Gariépy et Vézina que « L’accroissement du secteur de l’agroforesterie créera éventuellement une demande pour certaines espèces et pour de nouveaux produits ». Fort bien, mais pour que cela devienne réalité, il faudra que les producteurs qui souhaitent s’engager dans le secteur des PFNL en particulier puissent bénéficier d’un soutien technique et financier à caractère structurant qui soit de nature à en encourager le développement.

Le succès ultime de l’agroforesterie passera sans doute par l’organisation efficace des accès aux marchés. Comme l’eau des rivières s’écoule naturellement vers le fleuve, les PFNL doivent trouver le chemin menant à ceux à qui ils sont destinés. Mais nous n’en sommes pas encore là. Pour l’instant, c’est en amont que se situent les besoins. Dans l’état actuel des choses, l’intérêt grandissant qui s’exprime chez les membres du Regroupement agroforestier centricois a trait à la manière concrète de poser des gestes neufs dans leur boisé. Être conscients de l’existence d’un potentiel se dissimulant dans une forêt est une chose, trouver les moyens de l’exploiter avec succès en est une autre.

La réponse à cette difficulté première ne peut venir que de là où se trouvent les solutions que sont les connaissances, le transfert d’expertise et les moyens d’agir. La partie est en cours. Elle n’est pas jouée encore, c’est-à-dire que son issue est encore indéterminée, mais elle peut être gagnée pour le bénéfice de tous. Pour cela il s’agit que, tous ensemble, nous mettions la main à la pâte. Des décisions sont attendues. Les agroforestiers centricois sont prêts. Les décideurs le sont-ils?

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