Ghislain Michaud, Raymonde Paradis et leur fils aîné, Pierre-Luc
Rendez-vous à la Ferme Micha le 22 juillet
Le 22 juillet, c’est à la Ferme Micha de Laurierville que gens de ville et gens de champs de tout le Centre-du-Québec se donnent rendez-vous pour l’annuelle Journée champêtre du Conseil régional des sociétés d’agriculture.
«Je pense que, par ses dimensions humaines, à l’affût des nouveautés de pratiques respectueuses de l’environnement, notre entreprise est intéressante et représentative des fermes familiales actives», dit Ghislain Michaud, copropriétaire avec son épouse Raymonde Paradis et leur fils aîné, Pierre-Luc.
Voilà pourquoi, en résumé, la famille Michaud a accepté d’ouvrir toutes grandes les portes de son entreprise.
Une approche durable
Ce jour-là, producteurs et citadins pourront visiter les installations de la ferme laitière, abritant un troupeau d’une soixantaine de vaches laitières, des Ayrshire et des Holstein. Ils apprendront que les Michaud exploitent, en outre, une ferme d’engraissement porcin (1 000 porcs), acquise en 2002.
Ils constateront, par ailleurs, que sur les 350 acres que possède et loue la Ferme Micha, presque toutes les cultures d’orge, de maïs (grain et ensilage), de fourrages, de soya sont effectuées en semis direct, pour des raisons tant économiques qu’écologiques.
«De tout temps, on a privilégié l’approche de l’agriculture durable. C’est dans notre mentalité. On utilise nos fumiers, analysons nos sols. On tente des expériences, oh rien de renversant!, mais on fait notre possible pour éviter de nuire à l’environnement. On a par exemple acheté un incorporateur pour fumier qui dépose le lisier directement dans le sol, ce qui réduit les odeurs et nous évite des problèmes d’érosion», explique Ghislain.
De nombreux changements
Depuis une douzaine d’années, la Ferme Micha s’est livrée à une série de travaux pour rénover et agrandir l’étable où les vaches disposent de stalles plus grandes qu’autrefois. La nouvelle salle de traite leur permet de se dégourdir les pattes au moins trente minutes deux fois par jour.
L’achat d’une ferme voisine a donné l’impulsion nécessaire à ce chantier, les Michaud ayant pu y déménager les taures.
L’actuel troupeau se compose d’à peu près la moitié de têtes Ayrshire, race d’origine de la ferme et de la moitié de Holstein. Des problèmes de mammites à répétition, provoquées par des tensions parasites dont on cherche toujours la source, ont obligé la ferme à introduire plusieurs nouvelles têtes et comme il y avait davantage de Holstein sur le marché, le troupeau tend à changer de couleurs, explique le producteur.
Les Michaud réussissent à maintenir une production moyenne de 8 300 kilos par vache Ayrshire et 10 000 kilos par vache Holstein. Un robot alimentaire a fait son apparition dans l'étable il y a une dizaine d'années, distribuant aux vaches leur ration produite en autosuffisance à la ferme.
La fibre coopérative
De son père Lauréat, qui fut maire de Sainte-Julie (avant qu’elle ne fusionne avec Laurierville), fort actif tant chez Agropur que dans les mouvements agricoles, Ghislain a hérité de sa fibre coopérative. Le producteur de 50 ans préside d’ailleurs la Société coopérative des Appalaches depuis quatre ans. Administrateur au Syndicat de base du Centre-Rivière-Bécancour, il trouve le temps d’être animateur pour Agropur.
«Par nature, le monde agricole est individualiste. J’ai toujours pensé, et cela me vient de notre philosophie familiale, qu’on est plus fort à plusieurs que tout seul», dit Ghislain. Et Pierre-Luc paraît s’être imprégné, lui aussi, de cette conviction. «J’ai vu ce que la coopération a amené. Ça devient plus facile de communiquer quand il y a des problèmes», souligne le jeune homme, vice-président du Groupe de relève agricole de Mégantic-Nord, par ailleurs «branché» au réseau Internet.
C’est cette fibre solidaire qui a mené Ghislain à participer à la création, il y a six ans, de la Coopérative d’utilisation de machineries agricoles, la CUMA. À huit producteurs, ils ont d’abord acheté un planteur de maïs. «On a pu se payer un appareil neuf de la dernière technologie. Il s’agissait ensuite de se partager le temps d’utilisation.»
Depuis, la CUMA, maintenant composée de 14 membres, a acquis d’autres équipements comme une herse à roulettes, un vibroculteur, un semoir. L’acquisition d’une batteuse est prévue pour l’été prochain. La CUMA peut également louer ses équipements à d’autres producteurs.
Au virage
De s’ouvrir au public à l’occasion de la Journée champêtre survient à un moment opportun dans l’histoire de cette ferme achetée par Lauréat Michaud en 1953, devenue société avec l’intégration de Ghislain en 1981. Ghislain est né dans le 6e Rang Ouest, a appris son métier de son père et en complétant une formation de deux ans à l’École d’agriculture de Sainte-Croix-de-Lotbinière.
Depuis 1995, moment où Lauréat se retirait et où Raymonde devenait actionnaire – elle a toujours gardé son emploi d'archiviste médicale - la ferme a procédé à de nombreux changements.
Aujourd’hui, dit Ghislain, l’entreprise se trouve à un «point tournant», une sorte de «plateau» d’où il peut envisager l’avenir. Et il le fait avec une sorte d’assurance tranquille.
À 50 ans, le producteur sait qu’il lui faut préparer sa relève et que cela doit se faire progressivement. Un peu comme il l’a vécu, lui, avec son père.
Ce nouveau «tournant» dans l’histoire de la Ferme Micha s’est amorcé avec l’intégration de Pierre-Luc, devenu actionnaire, après avoir décroché son diplôme d’études collégiales en gestion et exploitation de l’entreprise agricole en 2003.
La relève pourrait aussi s’enrichir de l’intégration d’Évelyne, la cadette des trois enfants Michaud, actuellement étudiante en arts plastiques, et qui a toujours manifesté de l’intérêt pour l’agriculture. Éventuellement, elle pourrait aussi trouver sa place dans l’entreprise du 6e Rang Ouest de Laurierville. Quant à Guillaume, s’il a choisi de travailler, à son compte, en forêt, il n’hésite pas à donner son précieux coup de main à la ferme familiale.
Si la Journée champêtre permet à la famille Michaud de montrer ce qu’elle a réalisé en un peu plus de cinquante ans, ajoute Ghislain, le jeune Pierre-Luc la perçoit à la fois comme une source d’expérience et un aiguillon. «Ça nous donne une bonne raison de finir nos rénovations au plus vite. C’est comme un sprint!»
Du courage… et de l'amour
Tant le père que le fils gardent les yeux bien ouverts sur la conjoncture agricole. Oui, c’est difficile et oui, il faut du courage pour persévérer, disent-ils. Les nouvelles exigences environnementales se traduisent automatiquement par une augmentation des coûts pour les agriculteurs qui doivent se débattre, par ailleurs, avec la concurrence mondiale. «On ne reçoit pas plus pour ce qui nous coûte plus cher à produire», affirment Ghislain et Pierre-Luc.
Les Michaud ne lâchent pas prise parce que, soulignent-ils, «ils aiment ce qu’ils font». «On ne peut pas travailler que pour l’argent. L’agriculture, c’est une vocation, c’est un milieu de vie…»
Et Raymonde, qui a le nez et les mains dans les livres comptables de la ferme, ajoute que la pérennité de l’entreprise et la protection de son caractère familial constituent des objectifs stimulants pour les Michaud.
C’est un peu ce que la famille voudrait partager avec le public le 22 juillet prochain, notamment intéressée à recréer ces «liens perdus» entre les agriculteurs et la population, souligne Ghislain Michaud.