MONTREAL - Neuf mois après la publication du rapport de la Commission Johnson, le ministère des Transports est toujours dans l'incapacité de faire connaître l'état de l'avancement des travaux effectués sur les ponts jugés problématiques en 2007.
Parmi les 135 ponts à dalle épaisse de béton inspectés, 28 devaient être démolis, 25 devaient subir des travaux majeurs et quatre autres devaient être renforcés. La plupart de ces travaux devaient être complétés d'ici la fin de l'année 2008.
Or, même si au ministère, on assure que les travaux seront complétés à temps, on n'est pas en mesure de dire, par exemple, si l'on est au point de démolition ou si l'on applique la touche finale aux réparations sur les ponts visés.
L'une des recommandations du président de la commission d'enquête, Pierre Marc Johnson, était pourtant la "mise en réseau de l'ensemble des dossiers comprenant des données pertinentes à la conduite des activités d'inspection et de réparation des structures".
Il recommandait par ailleurs une meilleure tenue des dossiers.
Mario Saint-Pierre, porte-parole du ministère de Transports, a indiqué à la Presse Canadienne que les travaux de ces ponts font simplement partie des 1850 chantiers routiers à l'oeuvre actuellement au Québec. Le ministère ne peut se prononcer sur l'avancement précis des travaux.
"La valeur de cette information-là est tellement éphémère, il n'y a pas de plus-value à savoir si l'on est une minute en retard ou trois heures et demi d'avance", a-t-il soutenu au cours d'une entrevue téléphonique.
La sous-ministre adjointe aux infrastructures, Anne-Marie Leclerc, affirme pour sa part que des efforts sont faits pour favoriser le suivi de dossiers.
"On a des outils qu'on est en train de mettre en place pour suivre de façon de très spécifique, de façon beaucoup plus fine, toutes les réalisations de projets au ministère."
Dans l'avenir, il devrait donc être plus facile de s'enquérir de l'avancement des travaux, selon elle.
L'inspection de 135 structures de béton à dalle épaisse sans armature de cisaillement s'est imposée lorsqu'il a été démontré que l'effondrement du viaduc de la Concorde résultait d'une fissuration à l'intérieur de la dalle de béton. Les cycles de gel-dégel favorisent cette détérioration.
Long processus de numérisation
Cela fera un an à l'automne que la Commission d'enquête sur le viaduc de la Concorde rendait public son rapport.
Cinq personnes ont perdu la vie et six autres ont été blessées lorsque ce viaduc, surplombant l'autoroute 19, à Laval, s'est effondré, le 30 septembre 2006.
Une commission, présidée par l'ancien premier ministre Pierre Marc Johnson, avait alors été mise sur pied pour déterminer les causes de l'effondrement et émettre des recommandations pour éviter qu'un tel drame se reproduise.
Le 17 octobre 2007, au terme d'un an de travail et de 32 audiences publiques, M. Johnson dévoilait son rapport, pointant du doigt l'entrepreneur en construction et la société de génie-conseil qui avait conçu le viaduc, mais aussi le ministère des Transports, dont il dénonçait la "culture" interne de manque d'imputabilité.
Il émettait également 17 recommandations, accueillies favorablement par le ministère des Transports, qui s'est empressé d'annoncer des mesures pour y répondre.
Il recommandait qu'on utilise désormais que du béton de haute qualité, on modifierait le système d'appel d'offres et on ferait passer à 800 millions $ les investissements prévus en 2008-2009 pour l'entretien et la réfection des ponts.
La ministre des Transports, Julie Boulet, annonçait par ailleurs un "changement de culture" au ministère ainsi qu'une centralisation des dossiers de chaque pont et viaduc, qui devaient être numérisés.
La numérisation de ces dossiers en est encore à l'étape de projet-pilote.
"C'est un travail de très longue haleine de réorganiser tout le système de classification des dossiers de ponts", a indiqué Mme Leclerc.
"Ça n'avance pas aussi vite qu'on souhaiterait, mais ça avance bien."
Au terme de cette numérisation, chaque pont et viaduc aura son dossier, sorte "d'arbre généalogique" où seront réunies les informations concernant sa construction et son entretien.
Quant à la culture interne, Mme Leclerc estime que des actions sont prises pour la faire bouger, sans toutefois pouvoir citer à chaud un exemple en particulier.
"Les choses changement, forcément, parce qu'il y a eu une prise de conscience majeure par tout le monde", a-t-elle confié, ajoutant cependant que les changement de culture ne se faisaient pas en criant "ciseaux".
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