Jean Charest rencontre le lieutenant-gouverneur, Pierre Duchesne mercredi à Québec. LA PRESSE CANADIENNE /Jacques Boissinot
MONTREAL - Le premier ministre Jean Charest a mis un terme à son gouvernement minoritaire, mercredi matin, déclenchant officiellement une élection générale qui se tiendra le 8 décembre prochain.
Tôt, en matinée, M. Charest a réuni une dernière fois son conseil des ministres avant de rencontrer le lieutenant-gouverneur, Pierre Duchesne, pour lui demander de dissoudre l'Assemblée nationale et donner le coup d'envoi à une campagne électorale de 33 jours.
La décision du premier ministre Charest de demander aux électeurs un troisième mandat était devenue un secret de Polichinelle. Depuis une semaine, tous les signes annonciateurs étaient présents. Ne manquait plus que l'annonce officielle. Dans la nuit de mardi à mercredi, des affiches électorales ont même fait leur apparition sur les poteaux dans divers coins de la province.
Lors d'une conférence de presse sur la promenade Samuel-de-Champlain, M. Charest a dit que le Québec ne pouvait plus, compte tenu de la crise financière et économique, se permettre l'instabilité d'un gouvernement minoritaire.
"Si la cohabitation pouvait être praticable en temps de croissance, elle constitue un risque déraisonnable en période d'incertitude", a-t-il dit.
Il a notamment reproché aux oppositions adéquiste et péquiste de s'être opposées à certaines des mesures adoptées par son gouvernement pour soutenir l'économie, notamment les baisses d'impôt et les investissements dans les infrastructures.
"Si on avait écouté Pauline Marois et Mario Dumont, aujourd'hui le Québec serait en récession", a-t-il lancé.
"Qu'est-ce qui est le mieux pour l'avenir du Québec: demander aujourd'hui aux Québécois de se donner un gouvernement qui a un mandat clair, de traverser cette tempête qui s'annonce, ou risquer d'être forcé d'aller en élection par l'opposition en plein coeur de la crise? Avec un gouvernement minoritaire, l'enjeu n'est pas de savoir s'il y aura des élections, mais quand il y aura des élections", a lancé M. Charest.
Le chef de l'Action démocratique, Mario Dumont, a pour sa part accusé Jean Charest de déclencher une élection générale sur la base de "faux prétextes".
Il a soutenu qu'en appelant les Québécois aux urnes, M. Charest fait la démonstration qu'il ne se préoccupe pas vraiment de l'état de l'économie.
D'ailleurs, M. Dumont a appelé les électeurs à "punir" M. Charest pour avoir lancé le Québec dans une nouvelle campagne électorale par pure partisanerie politique, croit-il.
A son avis, Jean Charest tente de duper la population en faisant croire que la situation économique chancelante a motivé sa décision de dissoudre le Parlement et d'en appeler au peuple.
"Le prétexte est faux", a martelé M. Dumont, avant de qualifier de "ridicule" le slogan électoral retenu par les libéraux qui ont choisi "L'économie d'abord, oui".
"On part en élection. Ce n'est pas l'économie d'abord, c'est l'économie qui prend le bord, parce qu'au cours des prochaines semaines, plus personne ne va parler d'économie", a-t-il prédit.
Le chef adéquiste a exhorté M. Charest à faire preuve "d'un minimum de décence" et de fournir un portrait exact des finances publiques du Québec et des rendements de la Caisse de dépôt et de placement.
Dans la même veine, la chef péquiste Pauline Marois a accusé M. Charest de déclencher des élections pour cacher l'état déficitaire des finances publiques.
Mme Marois, qui vise l'élection d'un gouvernement péquiste majoritaire, a évoqué le fait que les libéraux n'ont pas déposé à l'Assemblée nationale les plus récents états financiers vérifiés du gouvernement, alors que cela se fait habituellement à cette période de l'année.
Elle s'est aussi interrogée sur les intentions de M. Charest relativement à sa décision de ne pas avoir soumis au débat des parlementaires le contenu de son énoncé économique, qui a été présenté mardi par la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget.
"Elle n'a pas eu le courage de déposer le tout à l'Assemblée nationale pour au moins avoir une petite réplique de cinq minutes, a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse qui a suivi le déclenchement des élections. Alors il me semble que dans ce temps-là, c'est parce qu'on veut nous camoufler quelque chose."
Selon Mme Marois, qui amorce sa première campagne à titre de chef du PQ, les libéraux ne veulent pas admettre qu'il y a un déficit.
Mardi, Mme Jérôme-Forget a plutôt assuré qu'il n'y aurait pas de déficit d'ici 2010, notamment grâce à des réserves budgétaires. Le vérificateur général Renaud Lachance a par la suite remis en question la façon dont le gouvernement a présenté sa plus récente mise à jour économique, estimant qu'il a accumulé un déficit de 5,8 milliards $.
Mme Marois a fait savoir qu'elle dévoilera jeudi matin, à Shawinigan, des mesures d'urgences pour faire face à la crise financière, comme les péquistes l'avaient fait au lendemain des attentats de septembre 2001, qui avaient perturbé l'économie.
"Nous, au Parti québécois, nous sommes prêts à faire face à la musique", a-t-elle dit mercredi soir, à Nicolet, après avoir présenté le candidat péquiste Jean-Martin Aussant, un économiste qui tentera de reconquérir la circonscription de Nicolet-Yamaska, que l'ADQ a arrachée au PQ au scrutin de 2007.
Les électeurs québécois devront se choisir un gouvernement provincial pour une deuxième fois en moins de deux ans. La dernière élection s'était tenue en mars 2007 et avait fait élire un gouvernement libéral minoritaire.
Surfant sur une vague de popularité depuis plusieurs semaines, M. Charest espère cette fois obtenir une majorité de sièges. Son entourage se permet même de croire que les libéraux seront en mesure de s'emparer de 75 à 80 sièges. Devant l'Action démocratique du Québec (ADQ) en perte de vitesse, les libéraux souhaitent conquérir les votes des francophones qui leur avaient largement tourné le dos en 2007. Ils devront néanmoins faire face à un Parti québécois qui se maintient dans les intentions de vote.
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