Noyer noir
Les sous-produits de la forêt, une richesse à exploiter
Gilles Théberge,
Président du Regroupement agroforestier centricois
gilles.theberge@ivic.qc.ca
La vertu est dans l’équilibre, disait Saint-Thomas d’Aquin. L’exploitation des produits forestiers non ligneux en harmonie avec l’industrie du bois est une bonne manière d’approcher la forêt d’une façon équilibrée. Qui doute encore du fait que protéger la biodiversité par une exploitation mesurée des ressources de la forêt nous rapproche d’un point d’équilibre nécessaire pour que se maintienne sa santé, gage de sa pérennité?
Quant on parle de produits forestiers non ligneux (PFNL), on évoque le plus souvent des plantes médicinales et différents suppléments alimentaires. L’exemple le plus connu est celui de la culture du ginseng en érablière. Présentement, d’autres cultures deviennent populaires telles celles de la sanguinaire, de l’hydraste, de l’azaret et d’autres.
Si l’on en croit les experts et les chercheurs qui se penchent sur le sujet depuis quelques années, l’avenir des PFNL est prometteur. Leur place en pharmaceutique et en cosmétoceutique est relativement importante. Par rapport à la nutraceutique, leur situation est déjà appréciable. En horticulture ornementale ou environnementale la demande est en plein essor. En outre, on voit poindre à l’horizon une certaine demande de l’industrie alimentaire pour des plantes comestibles, notamment les champignons dont le potentiel est largement méconnu. Ce n’est que la pointe de l’iceberg, considérant les mille autres possibilités qu’il nous reste à découvrir.
Mais puisque nous voulons illustrer le rapport entre la forêt et les PFNL, prenons un exemple parfaitement forestier : le noyer noir. On s’entend pour dire qu’il s’agit là d’un arbre possédant une grande valeur économique. Destiné à l’ébénisterie fine, le noyer noir peut croître dans la plupart des forêts de la région Centre-du-Québec.
Cet arbre a une espérance de vie normale de près de 250 ans. Mais pour les fins de l’exploitation forestière, le moment jugé le plus propice pour l’abattre se situe autour de quatre-vingts ans. Évidemment, si l‘on reste le nez collé sur l’arbre, il est acquis que l’on ne verra pas ce qu’il y a au-delà. Et donc ainsi, planter de telles essences relève de la folie, ou d’un altruisme indéfinissable.
Il y a pourtant une autre façon de voir les choses. Selon l’ingénieur forestier Patrick Lupien , sa croissance en hauteur peut atteindre de 90 à 120 centimètres par année. À vingt ans, il atteint quinze à vingt mètres de hauteur et un diamètre de 15 à 25 centimètres, ce qui est déjà pas mal et confère, au demeurant, une valeur ajoutée appréciable au fond de terre.
À partir de dix à douze ans, l’arbre commencera à donner des noix. Ces noix sont comestibles et leur goût approche celui de la noix de Grenoble. Si ces fruits serviront surtout à la dégustation, il y a encore plus. On peut tirer de l’huile des noix, tandis que leur brou sera employé dans la fabrication des teintures et que leur coquille sera intégrée à la fabrication d’abrasif notamment. Voilà un exemple patent de ce qu’est un PFNL dont l’exploitation est nettement un usage complémentaire de la forêt, entre industrie des PFNL et industrie forestière.