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Une saison record pour les Atocas de l’Érable

4 millions de livres de canneberges et une précieuse médaille

Hélène Ruel par Hélène Ruel
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Article mis en ligne le 1 novembre 2006 à 17:22
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Une saison record pour les Atocas de l’Érable
Le Québec est une terre promise pour la canneberge, dit Pierre Fortier
Une saison record pour les Atocas de l’Érable
4 millions de livres de canneberges et une précieuse médaille
Une récolte record de quatre millions de livres de canneberges et une première médaille de bronze au prestigieux concours de l’Ordre du mérite agricole! Qu’est-ce que la famille de Pierre Fortier des Atocas de l’Érable pouvait demander de mieux en 2006? Une visite du ministre de l’Agriculture peut-être? Ce qu’elle a aussi obtenu.
En ce vendredi 20 octobre, dernier jour de récolte, Pierre Fortier gardait en réserve de quoi offrir au ministre le spectacle rougeoyant de la cueillette, où l’on fait surnager les fruits, crée un lit flottant avec des estacades, les aspire à bord d’un camion, les transporte vers l’usine, les largue dans un grand bassin, d’où, après les avoir agités et douchés sur le plancher d’un convoyeur, on les dépose entièrement nettoyés dans d’immenses boîtes.

Chacune de ces boîtes sortant des Atocas de l’Érable contient quelque 1 200 livres de fruits destinés à l’une ou l’autre des deux usines de transformation de la région, Fruits d’or et Canneberges Atokas.

Mais la cannebergière de Notre-Dame-de-Lourdes souhaitait bien plus qu’offrir ce beau «spectacle» saisonnier au ministre Yvon Vallières.

«La canneberge est l’une des rares productions – avec le poulet - qui va bien au Québec. Elle ne pollue pas, crée de l’emploi, stimule l’économie régionale», affirme ce Plessisvillois qui, jusqu’en 1994, était connu et reconnu comme producteur maraîcher.

Coûteuse, mais rentable

En douze ans et une série d’investissements totalisant 15 millions $, l’entreprise des Atocas de l’Érable, seule détentrice sur la planète de la certification ISO 14001, n’a cessé de prendre de l’expansion, passant de 4 à 66 champs couvrant 360 des 1 700 acres que possède l’entreprise exploitée par Pierre Fortier et son épouse, Josée Poisson.

L’an prochain, à la suite d’investissements de 2 millions $ et quelques démêlés bureaucratiques avec des fonctionnaires du ministère de l’Environnement, il concrétisera, avec un an de retard, son projet de culture biologique dans 12 autres champs. Il s’attend à produire annuellement jusqu’à huit millions de livres de petits fruits au goût acidulé.

Deuxième plus gros producteur au Québec – après Marc Bieler – Pierre Fortier estime que le Québec possède tout le potentiel pour devenir un chef de file mondial dans la culture de la canneberge. «On a le climat, la terre, la main-d’œuvre, l’expérience et les usines.»

Une terre promise

Le Québec est, selon lui, une «terre promise», un paradis de la canneberge à l’heure où le réchauffement de la planète a commencé à faire décliner la production d’un des leaders américains qu’est le Massachusetts.

Si une trentaine des 40 cannebergières du Québec se concentrent dans les MRC d’Arthabaska et de l’Érable, d’autres régions pourraient tout aussi bien se plonger dans la culture d’atocas, croit le producteur.

Les marchés se développent, alléchant non seulement les consommateurs canadiens, mais aussi ceux de la Chine, de l’Allemagne, de l’Angleterre, du Japon. «Fruits d’or est maintenant présent dans 25 pays», se réjouit Pierre Fortier, ajoutant que, dans le monde de la canneberge, contrairement à d’autres cultures, les producteurs d’ici forment une «belle gang», qui ne sont pas en compétition les uns avec les autres.

Pour faire du Québec un paradis de la canneberge, il faudra, selon lui, remettre les pendules à l’heure. Les «critiques aléatoires» le hérissent et il n’a pas l’intention de les encaisser sans mot dire.

Une culture à valoriser

Il rappelle que les producteurs de canneberges n’exploitent que 1% du territoire de la région. Que la culture de ce petit fruit dont on découvre de grandes vertus thérapeutiques permet de valoriser des terres au chiche potentiel agricole ou forestier. À une époque où l’on consomme des concombres de l’Inde, le producteur de canneberges se demande s’il ne faudrait pas appliquer aussi aux producteurs québécois ce concept du commerce équitable!

Ne devient pas qui veut producteur de canneberges, constate Pierre Fortier. «C’est une entreprise spécialisée, qui nécessite beaucoup de fonds et qui, si elle est bien adaptée à notre climat, est tributaire de beaucoup de paramètres. Elle est très dispendieuse, mais elle est aussi rentable.»

Il ajoute que, comme il s’agit d’une culture marginale au Québec, il faut s’ingénier à concevoir des équipements qu’on ne trouve pas sur le marché aratoire. C’est ainsi que dans son garage, on a patenté une planteuse et une pompe à fruits. Et surtout ce pulvérisateur qui permet de doser l’aspersion d’insecticides. «Juste ce qu’il faut et là où il le faut.»

Toutes les semaines de l’été, agronomes et techniciens du Club d’encadrement technique examinent chacun des champs pour faire du dépistage, vérifier la présence d’insectes, proposer les interventions appropriées.

«La culture de la canneberge ne requiert que le cinquième des fertilisants qu’il faut utiliser pour le maïs et la pomme de terre par exemple et que le 1/20 ou le 1/30 de ce qu’il faut d’insecticides.»

Pierre Fortier veille également à recycler l’eau, une ressource indispensable à la culture de la canneberge. «80% des producteurs de canneberges le font aussi.»

L’Université Laval se sert d’ailleurs de la cannebergière des Atocas de l’Érable comme d’un laboratoire, ayant planté, dans 18 de ses champs, des tensiomètres pour déterminer les besoins en eau de la plante.

Le producteur de Notre-Dame-de-Lourdes a aménagé douze bassins gardant en réserve l’eau nécessaire à protéger les plants l’hiver et récolter les fruits l’automne. «On ne pompe pas l’eau de la nappe phréatique! Je dirais qu’on utilise la moitié du mètre d’eau de pluie qui tombe l’été. Il n’y a pas un gallon d’eau d’ici qui s’en va en Chine!», ironise Pierre Fortier.

Ont germé, à une certaine époque, des inquiétudes quant à la présence de pesticides ou d’engrais dans l’eau ayant noyé les champs. «Une étude a été menée dont les résultats démontrent qu’il n’y a pas de surplus de phosphore dans nos affluents, pas plus qu’une autre culture», précise le producteur.

Il dit consommer sans crainte les dorés qu’il a ensemencés et qu’il s’amuse à pêcher dans les cours d’eau sillonnant son entreprise. La présence, chez lui, de la rare grue du Canada constitue pour lui un autre indice réjouissant. Il se dit d’ailleurs frustré qu’on soit si peu enclin à reconnaître la valeur faunique des cannebergières à une époque où l’on fait grand cas de tous les milieux humides.

«En tant que producteur, aucun n’aime travailler avec les produits chimiques parce qu’il en est le premier affecté. La dernière chose que je voudrais faire, c’est de léguer à mes enfants une terre empoisonnée.»

La culture biologique à laquelle il s’adonnera l’an prochain constituera davantage une «continuité» qu’un virage, répond Pierre Fortier. «Mon fils Charles a étudié en agriculture biologique. C’est lui qui nous incite à nous tourner vers les engrais organiques.»

La culture biologique, mais surtout l’intégration de ses fils Charles et Michael à l’entreprise, font partie des objectifs à court et moyen termes que s’est fixés le producteur au cours des cinq prochaines années.

L’OMA pour secouer la morosité

Pierre Fortier s’était laissé tirer l’oreille avant de se décider à soumettre la candidature des Atocas de l’Érable au concours de l’Ordre du mérite agricole. Il dit avoir participé, un peu beaucoup pour secouer la morosité agricole ambiante, pour témoigner de la fierté de son entreprise et faire connaître la production de la canneberge.

Il en a récolté bien plus que ce qu’il en attendait.

«Je ne pensais pas qu’on gagnerait la médaille. Quand on nous l’a remise, ça nous a beaucoup touchés. C’est stimulant à plusieurs points de vue…»

Visera-t-on la médaille d’argent dans cinq ans? «Ce sera une décision familiale», promet Pierre Fortier.

Malgré l’optimisme qu’il entretient à l’égard de l’industrie de la canneberge, le producteur n’en est pas moins inquiet de l’avenir de l’agriculture au Québec et n’ose pas envisager ce qu’elle sera dans dix ans.

Il se dit sensible à la misère, à la pauvreté, préoccupé par les campagnes qui se vident, la détresse d’agriculteurs ayant le désagréable sentiment de recevoir davantage du gouvernement que du marché.

Ce qu’il voit, entend et lit, lui fait d’autant plus mal qu’il se dit toujours passionné d’agriculture. «Je suis un amateur de moto et quand je me promène dans les rangs, une belle ferme me fait toujours tourner la tête.»

S’il n’est plus, depuis peu, le président de l’Association des producteurs de canneberges du Québec, c’est tout de même lui qui rédigera le mémoire à présenter à la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire que le ministre Vallières lancera sur les routes du Québec dans quelques mois.

Parce qu’il ne faut pas se taire, dit-il.

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