Petit fruit deviendra grand
Rémi Asselin, ingénieur et agronome
MAPAQ – Centre-du-Québec L’industrie de la canneberge se démarque au Québec, non seulement par la production croissante, mais aussi par l’entrepreneurship de ses transformateurs qui se font connaître ailleurs dans le monde. Le Centre-du-Québec est en quelque sorte La Mecque de ce petit fruit. Avec quelque 500 emplois créés en l’espace de 10 ans, l’implantation de 136 hectares additionnels sur 13 entreprises représentant des investissements totaux de plus de 12 millions pour cette année, nul doute que le secteur de la canneberge est une industrie florissante dans la région.
La production canadienne
Selon le Cranberry Institute, la production canadienne correspond à environ 15 % de la production totale de canneberges. Les deux provinces productrices d’importance sont la Colombie-Britannique et le Québec. On en retrouve aussi en Ontario, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et à l’Ile-du-Prince-Édouard. À Terre-Neuve, trois fermes démarrent présentement cette production à petite échelle.
L’industrie au Québec
En 1939, Edgar Larocque introduisait la culture de la canneberge à Lemieux. Aujourd’hui, la troisième génération des Larocque poursuit, sur 90 hectares, la culture initiée par le premier producteur de canneberges au Québec.
En 1984, Marc Bieler démarrait la deuxième ferme de canneberges à Saint-Louis-de-Blandford. Avec les années, cette entreprise devient la plus grande exploitation sur un seul site en Amérique.
Le développement de cette entreprise, associé à la transformation locale du fruit, ainsi que l’accessibilité du crédit suscitent l’intérêt de nouveaux producteurs. Le nombre d’entreprises croît très rapidement, passant de deux en 1985 à plus de 45 en 2005. Les ventes à la ferme s’élèvent à quelque 25 millions de dollars.
D’autres régions offrent aussi un potentiel intéressant compte tenu de leurs ressources en eau et de leurs sols. En 2005, on comptait trois entreprises dans Lanaudière, 3 au Saguenay Lac Saint-Jean, 2 sur la Côte-Nord, une en Outaouais et une dans Chaudière-Appalaches.
La production biologique
La culture biologique de la canneberge a été initiée par Atocas Notre-Dame en 1997. Aujourd’hui, une dizaine de producteurs biologiques produisent ce petit fruit sur plus de 200 hectares. C’est le Québec qui produit le plus de canneberges biologiques. Ce marché est d’ailleurs en pleine expansion avec la production de 2 millions de livres en 2004.
Le marché de la canneberge
Le gros du marché était jusqu’à tout récemment limité à l’Amérique du Nord, les États-Unis et le Canada. Les exportations étaient minimes. Depuis l’an 2000, celles-ci vont en s’accroissant.
Plus de 95 % de la production nord-américaine est transformée en jus, fruits déshydratés et autres ingrédients. Environ 5 % de la récolte (300 000 barils) est commercialisée sous forme de fruits frais, lors de l’Action de Grâce et des Fêtes de Noël et du Nouvel An. La consommation de fruits frais est relativement stable d’une année à l’autre.
Selon Statistiques Canada (1997), la consommation canadienne per capita de canneberges est d’environ 900 g par année, identique à celle des américains. Depuis 10 ans, la consommation de jus augmente de 8 pour cent par année.
La transformation de la canneberge au Québec
Le Québec est la seule province qui transforme sa production de canneberges et cela, dans une proportion des deux-tiers. Le reste est vendu directement par les producteurs sous contrat avec des transformateurs américains.
Trois entreprises relativement jeunes mettent sur les marchés canadiens et internationaux la canneberge produite ici en fruits frais, fruits congelés entiers, jus et concentrés de jus, fruits déshydratés. Fruit d’Or est le principal transformateur de canneberges biologiques avec un volume annuel de 2 millions de livres.
Ces entreprises génèrent à elles seules un chiffre d’affaires de l’ordre de 40 millions de dollars.