[:AC:]T1: La canneberge comme aliment fonctionnel et nutraceutique
Rémi Asselin, ingénieur et agronome
MAPAQ – Centre-du-Québec
Les investissements consacrés par les producteurs et les transformateurs dans la recherche sur les propriétés médicinales ont transformé ce petit fruit acide, autrefois presqu’uniquement consommé aux États-Unis, en un aliment recherché pour ses effets santé à travers le monde. Les marchés majeurs pour les nutraceutiques et les aliments fonctionnels sont le Japon, l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord. En 2001, on évaluait le marché mondial des aliments fonctionnels à plus de 56 milliards de dollars américains avec une croissance annuelle de l’ordre de 8 pour cent.
Selon Santé Canada, un aliment fonctionnel est semblable en apparence aux aliments conventionnels. Il fait partie de l’alimentation normale et il procure des bienfaits physiologiques démontrés ou réduit le risque de maladies chroniques au-delà des fonctions nutritionnelles de base. Un nutraceutique est fabriqué à partir d’aliments, mais vendu sous forme de capsule ou d’autres formes médicinales qui ne sont pas généralement à des aliments. Il s’avère avoir un effet physiologique ou assure une protection contre les maladies chroniques.
Les nombreuses recherches sur la canneberge et la santé entreprises depuis le début des années 80 portent leurs fruits. Celles-ci ont confirmé que des composés spécifiques de la canneberge, les proanthocyanidines, avaient un effet d’anti-adhérence sur les bactéries. Ce phénomène les empêchent de s’accoler aux parois des muqueuses, d’où l’effet sur la prévention et la réduction des infections urinaires. En 2004, la France a été le premier pays à permettre une allégation santé pour la canneberge portant sur les effets en relation avec les infections urinaires. Deux nutraceutiques sont commercialisés par l’importateur.
Cette propriété a déclenché d’autres avenues de recherche dont la santé buccale et les ulcères d’estomac entre autres. Cette propriété anti-bactérienne des composés de canneberges et son effet sur la réduction de la plaque dentaire a été reconnu récemment par l’Association dentaire du Royaume-Unis. Par ailleurs, un mélange de canneberges et d’origan s’est révélé comme un agent anti-microbien dans l’industrie alimentaire contre la bactérie Listeria. Suite à cette percée, ce mélange est offert sur le marché de l’industrie alimentaire.
En 2003, le « National Center for Complementary and Alternative Medicine » lançait un fonds de 2,6 millions $ US pour des initiatives de recherches sur les propriétés de la canneberge et les maladies urinaires ainsi que pour d’autres avenues où il existe une évidence d’efficacité. Parallèlement, l’Association des producteurs du Wisconsin et la Coalition canadienne des producteurs de canneberges ont financé 150 000 $ US en 2004 pour des projets de recherche sur la santé.
Ces fonds de recherche ont permis à plusieurs chercheurs d’entreprendre des études sur les composés bioactifs de la canneberge comme les antioxydants sur la santé cardiovasculaire et le cancer. Des études, dont celle du Dr Charles Couillard du Centre hospitalier de l’Université Laval, démontrent des effets très positifs pour augmenter le taux de HDL (bon cholestérol) dans le sang. Des publications récentes d’études en laboratoire montrent également que les antioxydants ont un effet pour inhiber le développement de cellules cancéreuses pour plusieurs types de cancer.
Les petits fruits comme aliments fonctionnels
Tous les petits fruits renferment des constituants qui ont une influence sur le maintien de la santé tout comme la canneberge.
Lorsque l’on s’intéresse aux publications du monde de la santé et de la nutrition, on s’aperçoit que la recherche scrute de plus en plus les effets des divers constituants des fruits et légumes sur la santé humaine.
Le bleuet, la fraise, la framboise, le raisin ont eux aussi des antioxydants qui peuvent agir sur l’incidence des maladies cardiovasculaires et certains types de cancer. Par exemple, les propriétés du bleuet permettent de réduire le cholestérol LDL.
On ne peut pas oublier la fraise qui elle aussi, contient beaucoup d’antioxydants sous forme d’acide elagique. Soulignons le développement, par le Centre de recherches en horticulture et l’INAF, d’un cultivar de fraisier qui produit des fruits deux fois plus riches en antioxydants que les variétés sur le marché.
Une opportunité à saisir
L’accroissement de l’intérêt de la science médicale sur les bienfaits de l’alimentation ainsi que la préoccupation croissante des consommateurs pour bien s’alimenter laisse entrevoir beaucoup d’avenir pour la plupart des petits fruits que l’on peut cultiver au Québec.
Les producteurs de petits fruits et de légumes seront appelés, dans un avenir pas très loin, non seulement à produire des denrées alimentaires, mais des aliments qui favorisent la santé. C’est là, un nouveau défi des plus motivants qui nécessitera beaucoup d’attention de la part des producteurs pour s’ajuster à des méthodes de production garantissant un produit sain aux consommateurs.