Les 7 grands « défis » de l’agriculture de demain
Par : Pierre Fournier, agro-conseil Directeur général du CETAQ
Peu importe la culture ou l’élevage, nous avons besoin de sols, d’eau, d`intrants, d’énergie, de main-d’œuvre et d`un débouché pour un produit.
L’agriculture, comme toute autre industrie, vit son lot de problèmes dans cette conjoncture mondiale… de compétition : le Québec doit concurrencer avec des marchés où l’on produit sur une période de 12 mois par année, où les salaires sont souvent dérisoires.
Examinons, un à un, ces grands défis, que les producteurs agricoles québécois doivent affronter et auront à relever avec succès pour rester en affaires.
Produire « Plus sur moins » de surface
Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), d’ici 50 ans, nous devrons produire autant de nourriture que nous en avons générée depuis 12,000 ans.
La superficie de la terre n’augmente pas, cependant, la population mondiale augmente de près de 100 millions d’humains par année et les surfaces cultivables sont occupées pour l’habitat des populations. Par exemple, la planète a atteint son premier milliard de personnes en 1820, son deuxième en 1930, son sixième en 2001 et atteindra son neuvième milliard en 2050.
En 1971, nous comptions 0,40 hectare de terre par personne, en 2002 la superficie baissait à 0,24 ha, et en 2025 on prévoit une portion de 0,20 ha.
En 2002, la Chine, n’avait que 0,09 ha par personne. Nous pouvons facilement comprendre que la Chine importe une grande quantité d’engrais, de soya IP, de viande, avec un milliard 400 millions de personnes à nourrir.
Et pensons à l’Inde qui atteindra bientôt son 1 milliard 200 millions.
Cohabiter de façon harmonieuse
Les agriculteurs utilisent de plus en plus de grosses machineries (bruit, espace sur route, etc.), doivent respecter des dates d’épandage d’engrais organiques (PAEF, PAA, odeur), doivent faire sécher leur foin artificiellement puisque le climat ne le fait plus depuis deux ans générant du bruit et de la consommation d’énergie, etc.
L’agriculture exige aussi de faire des travaux de nivelage, de transport et de séchage de grains la nuit. Bref, toutes ces activités occasionnent à certains endroits des irritants pour les populations environnantes. Une meilleure communication entre les agriculteurs et les urbains devient donc nécessaire. Informer les voisins de la durée de certains travaux demeure une méthode efficace de sensibilisation.
À titre d’exemple, l’entente entre certaines municipalités et les agriculteurs concernant l’épandage de lisier s’avère un succès.
Pensez-y : en 1925, 50 % de la population du Québec travaillait dans le secteur agricole. Tout le monde côtoyait l’agriculture. En 1950, ce chiffre baissait à 25 % puis au début des années 2000, le secteur de l’agriculture occupait environ 1 % de la population. En 2009, ce pourcentage tomberait à 0,5 %... Bref, le contact avec l`agriculteur devient presque inexistant et son poids politique s’affaiblit aussi.
Cependant, il demeure toujours que 485 000 personnes travaillent, directement ou indirectement dans le secteur agricole qu’il soit primaire, secondaire ou tertiaire afin d’alimenter les citadins!
Encourager la relève agricole
Comment continuer le développement de notre agriculture sans l’appui des jeunes?
Il faut leur déléguer des tâches, appuyer leurs initiatives, les laisser faire « leurs erreurs », les informer, leur lancer des défis et reconnaître leurs forces.
La Fédération de la relève agricole du Québec (FRAQ) existe depuis 27 ans et donne de précieux conseils. Soutenons ces initiatives.
À titre d’exemple, le concours « Jeunes agriculteurs d’élite » mérite notre appui. Chaque année, le Québec se démarque notamment par la volonté de jeunes couples à faire leur marque en agriculture.
Le mentorat demeure également une excellente façon d’aider la relève. Prendre le temps de conseiller des jeunes et de les inviter à prendre part à certaines activités donne des occasions de se familiariser avec le milieu. Organiser des « Portes ouvertes » demeure un moyen attirant de capter l’attention des citadins… à devenir de futurs agriculteurs.
Une remarque qui s`impose : ce sont souvent les mêmes producteurs qui s`impliquent à démystifier l’agriculture…
Adopter les nouvelles techniques de production et de mise en marché
De nos jours, l’informatique, les prises de données à distance, les logiciels s’occupant du « quand et comment irriguer », les capteurs de rendements, le GPS, l’infrarouge servant à détecter le bon du mauvais, l’apprentissage de 2 à 3 langues pour mieux développer sa mise en marché, etc., toutes ces pratiques font aujourd’hui partie du quotidien.
Tout est là actuellement pour répondre aux besoins de l’acheteur. Mais ce dernier ne paie souvent pas la valeur réelle du produit local, ayant l`opportunité d’acheter des produits provenant de partout dans le monde… mais c’est cela le libre-échange!
Assurer le public de l’innocuité et de la diversité de ses aliments
Le Québec a bonne réputation en ce qui concerne la qualité de ses produits. Et il nous appartient de le faire savoir. Les médias ont un bon rôle à jouer pour appuyer les efforts des producteurs et révéler la qualité de leurs récoltes.
Toutefois, allez dans un marché public et écoutez les réflexions de certaines personnes sur l’étiquetage ou la compréhension de mots nouveaux comme « probiotique », « antioxydant », « OGM », « oméga-3 », « nutraceutiques », et vous verrez que ce n’est pas facile pour tout le monde de comprendre leur signification. Je crois qu’il y a beaucoup de travail à faire à ce niveau et que des informations doivent être mieux vulgarisées.
À ce sujet, le Dr Richard Béliveau nous « entraîne » là où il veut par ses propos faciles à comprendre.
Sachez que des efforts humains et financiers sont déployés par les producteurs pour répondre sans cesse au désir et aux exigences de plus en plus grandes des consommateurs québécois. La diversité alimentaire s’est accrue ces dernières années et ce courant ira, certes, en augmentant.
Informer le public des efforts consentis en agriculture
L’agriculture utilise aujourd`hui 50 % moins d’énergie pour faire un kilogramme de nourriture qu’il y a 30 ans. L’alimentation animale -- de même que celle des sols, fait de plus en plus, l’objet d’une surveillance accrue.
Il s’investit d’énormes sommes d’argent pour des innovations : des centaines de millions sont injectées en agriculture pour améliorer la performance des sols, des animaux et de la qualité de vie des travailleurs.
La plupart des rendements ont doublé depuis 30 ans. Malgré notre climat difficile, plusieurs régions du globe envient notre performance. Le prix des produits agricoles est souvent maintenu à la baisse. Observez que le panier d’épicerie a connu une augmentation de 6,50 $ approximativement au cours des trois derniers mois, mais le prix payé à l’agriculteur a baissé de 0,87 cent… Trouvez l`erreur.
Sachez qu’il nous faut environ cinq semaines de travail pour payer l’épicerie d’une année entière, soit 8 000 $ pour une famille typique et que ce panier comprend uniquement 50 % de produits québécois. Pensez à mettre le Québec dans votre assiette comme le dit une certaine publicité!
Protéger les ressources air-eau-sol
a) De l’air pur : comme tout le monde, le producteur veut en respirer. On l’accuse souvent d’être grandement responsable de la pollution de cette planète : toutefois, les études lui accordent environ 10 % du bilan global. L’objectif n’est pas d’ignorer cette portion, mais de comprendre une chose : les plantes vertes stabilisent l’air et sont les poumons de la terre. Quand on a de belles cultures et de grands espaces verts comme au Québec, nous pouvons en être fiers. Plus les producteurs produisent de la verdure, plus grande est la quantité de CO2 absorbée par cette dernière.
b) Le sol est le milieu de travail et le gagne-pain du producteur, et personne ne veut le contaminer : les haies-brise vent, les bandes riveraines, les rotations, le suivi analytique, l`application d’intrants de façon raisonnée, bref, tout cela fait partie du quotidien.
Mais une force pour nos sols québécois, c`est qu`on lui laisse la paix pour 6-8 mois selon les régions (hiver), comparé à la Californie où c`est moins de 15 minutes entre la récolte et le nouveau semis! Notre sol a donc moins d`insectes et de maladies que d`autres régions et c`est tant mieux.
c) L’eau est analysée, les systèmes d’irrigation « goutte à goutte » prennent place, on surveille les apports de pesticides et d’engrais près des bassins d’eau et puits artésien.
Le Québec ne manque pas d’eau avec ses retombées annuelles de 1,2 mètres. C`est notre « OR » bleu.
Toutefois, pensez que 2,8 milliards d’humains souffrent d’un manque d’eau potable et qu`à toutes les 8 secondes, un enfant meurt d’avoir bu de l’eau contaminée (ONU)
alors, il nous faut tout faire pour protéger cette ressource non renouvelable qu’est l’eau et plusieurs spécialistes travaillent sur le sujet.
Conclusion : La vie est remplie de défis. Les jeunes et les dirigeants agricoles sont prêts à les relever. La société québécoise doit placer l’agriculture en première place et mériter une meilleure attention. Notre société évolue et ses citoyens précisent leurs besoins et leurs attentes en matière alimentaire comme pour les autres secteurs. Les producteurs agricoles ont toujours su s’adapter et soyez assurés qu’ils continueront leur élan.