Les concepteurs du projet, Christian Héon (à gauche) et Marianne Landuyt en compagnie du député Claude Bachand et du directeur général du Cégep, Vincent Guay
Un nouveau champ de recherches : le «monde» agricole
Le Centre d’innovation sociale en agriculture (CISA) que la ministre Michelle Courchesne a autorisé au cégep de Victoriaville permettra de mesurer l’«arrière-terre de nos pratiques», a déclaré Laurent Lessard ministre de l’Agriculture et ministre responsable du Centre-du-Québec.
Avec ce projet piloté par Marianne Landuyt et Christian Héon de la direction des études, le Cégep de Victoriaville a ainsi obtenu une subvention récurrente de 150 000 $ par année pendant trois ans pour créer et exploiter un deuxième centre collégial de transfert de technologie (CCTT) en matière de pratiques sociales novatrices. Le premier a 25 ans et s’attarde au meuble et bois ouvré.
Après les trois premières années, le CISA pourrait alors obtenir une subvention récurrente de 300 000 $ afin de poursuivre ses activités.
En conférence de presse, le ministre Lessard a dit que tous les quarante ans au Québec, une commission se charge de faire le point sur diverses facettes de l’agriculture, la production, la transformation, la mise en marché, la gouvernance, etc. «Avec ce centre de transfert, on regardera l’agriculture par son monde plutôt que par ses productions.» «On parle souvent de tôle et de boulons, rarement du cœur des agriculteurs», a ajouté Christian Héon.
Pourtant dit-on, jamais les producteurs n’ont vécu autant de pressions que maintenant. Et la grandeur de leur terre est souvent proportionnelle à leur isolement. Différentes études font état d’un taux alarmant de détresse psychologique : 49% chez les agriculteurs, 59% chez les agricultrices. Et les pensées suicidaires seraient deux fois plus présentes chez eux que dans la société en général.
Le «champ» d’études du nouveau CISA s’attardera au contexte socio-économique dans lequel évoluent les producteurs : isolement, stress et détresse psychologique, maladie, pertes de revenus, endettement, transfert et pérennité des fermes, nouvelles normes environnementales et sanitaires, évolution de l’entreprise, conciliation famille et travail.
Le CISA mènera de la recherche-action, offrira des formations, rédigera des ouvrages, organisera colloque bisannuel et des activités de valorisation de la profession.
Mme Landuyt et M. Héon ont donné des exemples d’innovations utiles au monde agricole, comme ces sentinelles de rang, les coopératives d’utilisation de matériel agricole ou d’utilisation de main-d’œuvre, des services de garde adaptés, toutes ces solutions pouvant soulager la pression sur les producteurs agricoles. Au CISA, on veut chercher, mais on veut aussi trouver et expérimenter sur le terrain.
Le CISA devrait s’ouvrir cet automne quelque part au Cégep, étant aux «premières loges» d’une région située à deux heures de route de 80% des fermes du Québec, a noté Vincent Guay, directeur général du Cégep.
Il présente le CISA comme une «courroie de transmission» des recherches en pratiques novatrices, qu’elles soient concoctées ici ou qu’elles proviennent d’ailleurs. Les gens du cégep sont d’ailleurs en lien avec Traget de l’Université Laval, CRISE de l’UQAM et la coopérative La CLÉ de Victoriaville spécialisée en empowerment et mobilisation. À Redon en France où l’on a développé des réseaux d’entraide, un lycée est aussi prêt aux échanges.
Le député d’Arthabaska, Claude Bachand, était on ne peut plus enthousiasmé à l’idée que s’implante ici un centre de recherche. Il a comparé cette création au «haricot» du conte qui, une fois semé, finit par devenir gigantesque. C’est que le CISA est appelé à rayonner dans tout le Québec. Il se réjouit aussi que l’existence d’un CCTT à Victoriaville puisse contrer l’exode de jeunes intéressés à y travailler.
Sa comparaison du haricot… qui «faisait de l’ombre à Montréal» n’est pas étrangère à la controverse soulevée par le quotidien Le Soleil la semaine dernière. Parmi les 15 projets de CCTT présentés, la ministre en a retenu trois, celui de Victoriaville s’étant classé au sixième rang. Le ministre Lessard a déclaré qu’il saluait la «vision de Mme Courchesne qui a su donner de l’importance aux projets en région». «Ce ne sont ni le d.g. ni les agriculteurs de la région qui lui reprocheront d’avoir choisi ce projet», a déclaré le député Bachand. Quant à Vincent Guay, il a dit qu’après avoir essuyé deux refus avec un autre projet de CCTT (en agriculture biologique), il avait appris à perdre et à gagner avec dignité. Il a ajouté qu’il n’éprouvait aucun malaise devant le cégep de Rosemont, lequel a obtenu la troisième place à ce concours… mais pas de CCTT.