Sur cette photo, on aperçoit l'équipe qui œuvre à la Ferme Docovolait, soit, de gauche à droite, Réal Doyon, copropriétaire; Vanessa Doyon, fille de Réal et Carole; Carole Côté, copropriétaire; Philippe Doyon, le fils qui prendra la relève, et Claude-Ève Bonneau, stagiaire et copine de Philippe, qui travaillera éventuellement à la ferme.
Le bonheur réside dans le travail pour les Doyon
Une seule ferme, deux productions distinctes
Propriétaire de la ferme Docovolait, à Wickham, la famille Doyon est passionnée. Le père, Réal; la mère, Carole; leur fils, Philippe, et leur fille, Vanessa, ont tous cette expérience que seuls ceux qui ont passé leur vie à la ferme peuvent prétendre avoir. Âgé de 20 ans, Philippe, qui détient des parts dans l'entreprise depuis 2006, a bien l'intention de montrer de quel bois se chauffe la nouvelle génération.
La ferme Docovolait a officiellement vu le jour en 1993. Cependant, il faut remonter jusqu'en 1955 pour trouver le véritable point de départ de cette entreprise familiale.
«Mon grand-père, Victorin Doyon, s'était marié à une femme veuve dont le mari avait une ferme laitière, a raconté Réal Doyon. En 1955, mon père, Germain, a acquis l'ensemble de la ferme. Onze ans plus tard, en 1966, il a eu un grave accident avec un outil de travail (PTO) qui a agrippé son pantalon, puis sa jambe. Cet événement a nécessité l'amputation de la jambe en bas du genou.»
«Autour, tout le monde disait : "Il va vendre sa ferme"», s'est rappelé Germain Doyon à ce sujet.
D'aucuns auraient probablement agi de la sorte, mais pas cet homme dynamique. Au lieu de ça, c'est sa femme qui a pris les commandes de l'entreprise durant une année complète, soit le temps que M. Doyon se remette entièrement de son opération.
«C'est en grande partie grâce à ma belle-mère que nous pouvons encore aujourd'hui travailler à la ferme», a opiné quant à elle Carole Doyon.
De fil en aiguille, les installations se sont transformées : un poulailler a été construit en 1962 et l'étable a été agrandie en 1966.
En 1979, une porcherie voyait le jour. Celle-ci a été acquise, en 1990, par Paul, le frère de Réal. Comme quoi il s'agit bel et bien d'une histoire de famille.
Ce qui nous amène en 1993, année où la ferme est devenue la Ferme Docovolait.
«En 1993, il devait y avoir une quarantaine de vaches en lactation. Actuellement, on en dénombre environ 70, a fait savoir Réal Doyon. Depuis 2002, nous avons investi un million de dollars, notamment pour informatiser tout le système d'alimentation et de traite. Nous avons acquis un système d'autoration de l'entreprise Val-Métal et un robot de traite de la compagnie Lely. De nouvelles fosses à fumier ont été aménagées et nous avons procédé à l'achat de quota. C'est important de se tenir à jour.»
Et les projets sont loin d'être terminés.
«D'ici quelque temps, nous allons consolider les investissements faits depuis 2002», a poursuivi Réal Doyon.
Diversification des cultures
La Ferme Docovolait présente une particularité qui, au dire de plusieurs, est très avantageuse. En effet, il n'y a pas que le lait qui apporte le pain et le beurre aux propriétaires, car des revenus substantiels sont également générés par l'élevage de volaille.
«Notre poulailler nous permet d'obtenir un revenu d'appoint intéressant. S'il y a une baisse avec le lait, le manque à gagner est soutenu par les revenus du poulailler. Nous avons environ six lots par année et chacun d'eux compte de 22 000 à 28 000 bêtes. Nous avons des coqs et des poulets. Les coqs sont destinés aux restaurants St-Hubert alors que les poulettes sont utilisées par les restaurants Kentucky», a indiqué Réal Doyon, dont la ferme vend aussi aux entreprises Flamingo et Olymel.
Construit sur deux étages et demi, le poulailler nécessite évidemment des investissements.
«Au cours des dernières années, nous avons investi au chapitre de la ventilation, le chauffage, l'abreuvoir et la brumeuse, a partagé Réal Doyon. Le poulailler a une superficie de 50 pieds par 140 et il se doit d'être inspecté quotidiennement. Cependant, son entretien requiert moins de temps que celui qui est fait pour les vaches.»
Une relève motivée
De nos jours, il n'est pas rare de voir des agriculteurs vendre leur ferme en raison de l'absence de relève. Heureusement, pour Réal et Carole Doyon, ce scénario ne prévaudra pas, car leur fils souhaite ardemment continuer d'aller de l'avant. Fier représentant de la quatrième génération de Doyon, il a moult idées en tête.
«Je détiens des parts de la ferme depuis 2006, mais au fond, ça ne change pas grand-chose parce que ça fait longtemps que mes parents m'impliquent dans les décisions qui doivent être prises. En fait, toute la famille a toujours pris part à ces discussions», a-t-il exposé.
Son souhait le plus cher est d'amener plus loin encore l'entreprise familiale.
«Je compte grossir les deux productions actuelles (vaches et volaille). Nous possédons actuellement quatre chevaux, mais j'aimerais éventuellement acquérir des terres et d'autres chevaux, question de faire de l'élevage pour la compétition», a fait savoir le futur dirigeant de la Ferme Docovolait.
Philippe est donc le seul à avoir l'intention de reprendre le flambeau des mains de ses parents puisque sa sœur, Vanessa, a quant à elle choisi de se diriger dans un autre domaine. Elle étudie en Technique diététique à Saint-Hyacinthe.
«Même si je ne souhaite pas prendre la relève, j'ai toujours travaillé à la ferme et je continue de le faire à temps partiel. Je serai toujours disponible pour donner un coup de main à ma famille en cas de besoin», a-t-elle partagé.
Qualité des fourrages
Tout le monde s'entend pour dire que la bonne qualité des fourrages contribue directement à abaisser les coûts liés à l'alimentation des bêtes.
«À la base, une bonne qualité de fourrage permet de mieux calibrer l'alimentation. Nous avons une RTM (ration totale mélangée) à 14,5 % et on ajoute le reste au robot, lors de son passage. Ça va selon la production de lait», a exposé Philippe Doyon.
Soulignons que les Doyon possèdent actuellement 56 Holstein et 9 Jersey.
Semis direct
Le semis direct consiste à semer directement sur le sol, sans retourner la terre. Cette façon de travailler s'avère plus écologique du fait qu'elle permet de ralentir l'érosion des sols et de ne pas avoir recours au diesel, car aucun tracteur n'est nécessaire. Au moment où les Doyon ont commencé à utiliser cette technique, il y a une quinzaine d'années, celle-ci était loin de faire l'unanimité au sein des agriculteurs. Bon nombre d'entre eux étaient alors sceptiques quant aux résultats obtenus. Le semis direct a pourtant fait ses preuves au fil du temps.
«La première année de transition entre la méthode traditionnelle et le semis direct est rarement rentable. Il faut préparer le sol et contrôler les mauvaises herbes. Par contre, c'est plus économique de bien des façons : on économise sur le temps et sur l'argent, car nous n'utilisons pas de tracteurs, donc pas d'essence. Par la bande, nous réalisons des économies sur l'entretien de la machinerie puisqu'elle n'est pas utilisée pour le semis direct», a fait valoir Réal Doyon.
Passion
Au dire des Doyon, de nos jours, les agriculteurs se doivent d'être passionnés par leur travail. Avec tous les changements et les nouvelles normes en vigueur dans le milieu, il faut notamment faire preuve de bonne volonté.
«C'est une passion qui dure sept jours sur sept. C'est un travail qui se fait avec le cœur. Dans notre famille, nous sommes d'avis qu'une personne qui n'aime pas ce qu'elle fait doit changer de branche. L'agriculture est un métier difficile, mais près de la terre.
«Avec les nouvelles normes, ce n'est plus pareil : pour les satisfaire, ça implique des coûts considérables. Évidemment, nous visons la meilleure qualité possible tout en sachant qu'il y a toujours une place pour l'amélioration. L'objectif est d'atteindre la meilleure qualité possible pour le coût le plus accessible. Bon nombre d'agriculteurs doivent se spécialiser dans différents secteurs d'activités, tout en considérant que le coût du quota, quant à lui, ne fait qu'augmenter», a fait ressortir Réal Doyon.
Qu'à cela ne tienne, force est de constater que les Doyon forment une famille tissée serrée et que, pour eux, le bonheur réside dans le travail.