Au printemps, la sortie des animaux doit se faire avant que l’herbe atteigne 20 cm (8), en raison de la vitesse de croissance rapide des plantes en début de saison.
La régie intensive, j’y crois, j’y vois!
Jean-Louis Vignola, technicien agricole
MAPAQ - Centre de services agricoles de Victoriaville
et
Alain Fournier, agronome
MAPAQ - Direction régionale du Centre-du-Québec, Nicolet
Avec la hausse du prix du carburant, des céréales, des machineries et équipements et de l’intérêt croissant pour l’agriculture biologique, le pâturage fait de plus en plus d'adeptes. Pour obtenir le plein potentiel de cette culture, une bonne planification de ses enclos, beaucoup d’observation et le jugement consciencieux de l’éleveur sont essentiels pour exceller avec ce mode d’alimentation.
La superficie moyenne à prévoir pour un pâturage, qui sera géré de manière intensive, est d’environ 0,4 ha (1 acre) par vache laitière. La surface totale du pâturage doit être divisée par la suite en 6 ou 7 enclos pour éviter que les vaches séjournent plus de cinq jours consécutifs par parcelle. Si le séjour est plus long, les vaches consommeront les jeunes pousses, ce qui épuisera les réserves de ces nouvelles plantules et occasionnera leur disparition.
L’herbe ne devrait pas être pâturée à une hauteur inférieure à 8 cm (3), afin de laisser suffisamment de feuillage pour la repousse. Les vaches devraient être introduites dans la bande lorsque l’herbe a une hauteur se situant entre 20 et 25 cm (8 à 10). À ce stade, l’herbe d’un pâturage de graminées contient environ 20 % de protéines et 1,50 Mcal/kg d’énergie nette de lactation (100 % MS), ce qui est presque équivalent à l’énergie de l’ensilage de maïs. La valeur monétaire, déterminée à partir des prix du tourteau de soya et du maïs, se situe à environ 235 $/tonne. L’herbe représente donc un aliment d’une qualité exceptionnelle pour la production laitière.
Sur chacune des parcelles, il est recommandé d’utiliser une nouvelle bande d’herbe chaque jour ou à chaque traite, afin de maximiser la qualité et la quantité d’herbe consommée. Un fil électrifié est donc avancé à chaque changement de bande pour fournir une nouvelle surface d’herbe aux animaux. Si la durée de paissance dans l’enclos est de plus de 5 jours, il faudra prévoir un fil électrifié à l’arrière des animaux pour éviter le broutage des nouvelles pousses.
Une durée moyenne de rotation de 28 jours est visée pour l’ensemble des parcelles. C’est une durée de repos qui permet aux plantes de repousser suffisamment pour être à nouveau pâturées. La vitesse d’avancement moyenne, dans les parcelles en hectares par jour, est obtenue en divisant la surface requise pour le troupeau par 28 jours.
Il faut cependant comprendre que la période de repos de 28 jours est une durée moyenne. Ainsi, la vitesse d’avancement, sur l’ensemble des parcelles, sera plus rapide au printemps en raison de la pousse rapide et vigoureuse de l’herbe, mais sera aussi plus lente en été. Au printemps, cette situation peut occasionner la fauche de certains enclos en foin ou ensilage pour éviter de pâturer une herbe trop longue et entraîner du gaspillage. La distribution de fourrage au champ par temps de sécheresse permet de ralentir la vitesse d’avancement lorsque celle-ci est trop rapide. Une autre solution serait de prévoir un pâturage de secours (culture annuelle ou prairie disponible). La gestion de l’herbe, sa flore, les conditions climatiques, la fertilité et le pH du champ sont des facteurs qui influenceront la vitesse d’avancement dans la parcelle.
Exemple de calcul des superficies pour un troupeau de 50 vaches laitières :
-1. 50 vaches x 0,4 ha/vache-veau = 20 ha (superficie totale requise).
-2. 20 ha ÷ 28 jours = 0,7 ha/j ou 1,75 acre/j (vitesse d’avancement moyenne/jour).
-3. 0,7 ha/j x 5 jours = 3,5 ha ou 8,6 acres (surface maximum d’une parcelle).
-4. Surface de chacune des parcelles ÷ 0,7 ha/j = durée moyenne de séjour dans chacune des parcelles.
-5. Cette durée de séjour peut être inscrite sur le plan de ferme de l’agriculteur. Un outil de régie facile à suivre est alors obtenu.
Au printemps, la sortie des animaux doit se faire avant que l’herbe atteigne 20 cm (8), en raison de la vitesse de croissance rapide des plantes en début de saison. Il faut donc sortir les animaux lorsque l’herbe atteint une hauteur variant entre 12,5 à 15 cm (5 à 6) dans la parcelle la plus hâtive et productive. Il est toujours préférable de laisser une certaine période d’adaptation aux vaches variant entre une à deux semaines en les faisant pâturer durant seulement une demi-journée, par exemple. Ce temps permettra au rumen de la vache de s’adapter à ce nouvel aliment.
Une période de repos (ou de repousse) d’un minimum de 28 jours est très importante. Elle favorise l’établissement d’un système racinaire profond et assure une longue saison de pâturage pouvant se poursuivre jusqu’au 15 octobre. Les périodes de sécheresse de courte durée ont peu d’influence sur la croissance de l’herbe qui a suffisamment de racines et de feuillages pour croître.
Le résultat recherché, avec la paissance régie de manière intensive, est de maintenir une stabilité de production de lait et obtenir un haut niveau de lait fourrager.
Les refus et les mauvaises herbes sont fauchés au besoin, au cours du mois de juin ou au début juillet. Ceci permet d’arrêter la croissance et la production des graines des mauvaises herbes. Leur compétition est ainsi fortement diminuée, ce qui laisse plus de lumière et d’eau aux plantes désirées. S’il reste beaucoup de refus à la sortie d’une parcelle, ceux-ci doivent être fauchés immédiatement.