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Jérôme Nault, un employé «modèle» à la Ferme Légil

Article mis en ligne le 5 mars 2008 à 12:16
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Jérôme Nault, un employé «modèle» à la Ferme Légil
Jérôme Nault aime bien dire qu'il est le «starter» du matin, lui qui s'occupe plus particulièrement d'alimentation et de reproduction du troupeau de la Ferme Légil.
Jérôme Nault, un employé «modèle» à la Ferme Légil
Hélène Ruel

ruelh@transcontinental.ca

À l’été 1982, Jérôme Nault entre à la Ferme Légil de Princeville pour un emploi de travailleur agricole. Ce ne devait être qu’un boulot estival. Vingt-cinq plus tard, Jérôme Nault y travaille toujours, cinquante heures par semaine. Il est le plus «ancien» des sept employés de l’entreprise qu’exploitent Marie et Gilles St-Pierre, des éleveurs émérites.
De Jérôme Nault, Gilles St-Pierre dira d’emblée qu’il est un employé «modèle» en qui il a mis toute sa confiance.

«Un modèle pour sa ponctualité, son sens des responsabilités, sa facilité à travailler en équipe. C’est un gros travaillant», précise M. St-Pierre.

«C’est cette confiance qui a fait que j’ai choisi de travailler ici et que je continue de le faire», ajoute Jérôme Nault.

Né à Chesterville il y a 48 ans, dernier d’une famille de 11 enfants, Jérôme Nault a toujours cultivé deux métiers, celui de soudeur pour lequel il s’était formé à Victoriaville et celui d’aide-fermier. «Toujours pratique d’avoir deux métiers!», souligne-t-il. Surtout dans une entreprise agricole où le travail agricole requiert beaucoup de polyvalence.

En 1975, il quitte Chesterville pour travailler dans une ferme laitière de Saint-Grégoire, donner un coup de main à son propriétaire, Louis Bouvet, momentanément handicapé.

Deux ans plus tard, le travail manquant à la ferme, Jérôme Nault, revient dans les Bois-Francs et se refait la main comme soudeur-monteur chez Sécurifort à Tingwick.

Là aussi, le travail a fini par manquer et le soudeur se retrouve au chômage. C’est par sa nouvelle épouse, Marjolaine Godbout, de Princeville et par un ami, qu’il se rapproche de la Ferme Légil où, lui dit-on il y aurait de l’«ouvrage». «J’étais au chômage depuis huit mois et à l’époque (au début des années 1980), les jobs étaient rares.»

Il occupe donc cet emploi estival à la Ferme Légil, effectuant toutes sortes de boulots. «Je suis venu au monde là-dedans et j’ai pris de l’expérience à la ferme de mes parents et chez deux de mes frères.»
Carte blanche!
À l’automne 1982, il se retrouve à une croisée des chemins. Sécurifort, où le travail a repris, lui offre de nouveau un emploi. Et Gilles St-Pierre également.
«J’aimais beaucoup travailler chez Sécurifort. Ce qui a fait pencher la balance? C’est surtout la carte blanche que me donnait Gilles pour les travaux à la ferme et c’est aussi que j’étais déjà installé tout près de mon travail, dans une maison qui appartenait à Gilles.»

À l’époque, la Ferme Légil n’était pas encore la très grande entreprise qu’elle est devenue. «Il n’y avait qu’un seul silo, un troupeau d’environ 125 têtes, dont 70 à la traite et nous étions deux employés.»

Aujourd’hui, la ferme de 400 têtes Holstein (dont 200 vaches laitières) se déploie dans quatre sites différents, la ferme ancestrale où s’élèvent quatre silos et trois autres sites, Princeville (pour veaux et vaches de remplacement), Saint-Norbert (où l’on trait aussi quelque 80 vaches) et Sainte-Sophie (pour les taures).

Au fil du temps, de l’évolution de l’entreprise, de l’expérience, des formations, des goûts aussi, les tâches se sont réparties entre les employés. De sorte que Jérôme Nault a fini par concentrer son travail à l’alimentation du troupeau et aux tâches liées à la reproduction.
Le «starter du matin»
Il aime bien penser qu’il est le starter du matin et que ses responsabilités liées à la santé des vaches sont au cœur de l’entreprise.
«Le troupeau, c’est ce qui amène la paye! La santé des vaches assure la santé de l’entreprise.»

Il a à cœur la rentabilité, la productivité de la Ferme Légil, détentrice d’une médaille d’or de l’Ordre du mérite agricole.

Et pour participer à l’évolution de l’entreprise, il faut aussi accepter de se former. «Ce que l’on fait chaque fois qu’on en a l’occasion. On participe à des cours, à des réunions. Parce qu’on veut s’améliorer. Si on s’améliore, on sera plus productifs et l’entreprise sera plus rentable. C’est une roue qui tourne. Et la rentabilité, tout le monde en profite!»

Là-dessus, Jérôme Nault réfléchit toujours à cette offre que Gilles, celui qu’il considère comme son «plus que frère» lui a faite d’acquérir des actions de la compagnie. «Ma décision n’est toujours pas prise.» Pas sûr, dit-il, qu’il serait plus malheureux de ne pas en posséder des actions. «J’ai appris à aimer cette ferme à force d’y travailler.»
Etre bien dans sa peau
Y restera-t-il toute sa vie? «On ne connaît pas l’avenir», répond-il. Et cette liberté de manœuvre au travail, il y tient aussi pour sa vie personnelle.
Ce qui lui importe, poursuit-il, c’est d’«être bien dans sa peau». Il ne sent ni enchaîné ni emprisonné. Il adore son travail, la diversité des tâches, l’entraide entre les employés. «On a chacun nos responsabilités, mais on peut faire l’ouvrage de celui qui est absent une journée ou donner un coup de main à celui qui a pris du retard.»

Jamais, ajoute Jérôme Nault, il n’est entré à reculons le matin. «Et si un jour ça arrive, je ferai autre chose.» De l’extérieur, l’emploi peut paraître routinier. Pourtant, souligne-t-il, pas un mois n’est pareil et les saisons colorent différemment le travail.

À plusieurs reprises, Jérôme Nault a pu travailler à la ferme avec son fils. «C’est ici qu’il a pris goût à la machinerie. C’est ici que sa flamme s’est allumée. Jamais je n’aurais pu l’amener avec moi si j’avais travaillé en usine et c’est pas en regardant la télé qu’il aurait su qu’il aimait tant l’entretien et la conduite des tracteurs.»

Et puis, ajoute-t-il, la qualité de ses relations avec la famille St-Pierre vaut son pesant d’or. «On s’est toujours bien entendus, précise-t-il. Gilles et Marie nous font toujours part de leurs projets pour en discuter, parce qu’ils savent que leurs décisions ont un impact sur nous.»

L’avenir de l’agriculture n’inquiète pas Jérôme Nault. Oui, il y aura moins de producteurs au Québec, mais les plus grosses entreprises pourront embaucher plus de travailleurs agricoles.

La pénurie de main-d’œuvre agricole est peut-être liée, croit-il, aux grandes exigences des producteurs. «Il faut aimer ça, parce que c’est beaucoup d’heures de travail!» Il faut aussi, ajoute-t-il, que s’établissent des liens de confiance entre les employeurs et leur personnel agricole. Pour avoir envie de garder son emploi dans une ferme, les employés ont besoin d’avoir «un peu de pouvoir», comme il dit.

Et cette possibilité d’exercer un peu de leadership, la Ferme Légil la lui a offerte. Et il fait visiter la ferme avec autant de fierté que s'il en était propriétaire.

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