Julien Dionne et Solange Thibodeau dans leur atelier de transformation
Ça pousse, ça bout et ça cuisine à l’Idéel!
En voie de devenir une entreprise agrotouristique à Sainte-Hélène-de-Chester
Il y a dans le nom de la ferme et de la marque de commerce Les fruits de l’Idéel toute l’histoire et, bien sûr, toutes les idées qui n’en finissent plus de se bousculer dans l’esprit de Solange Thibodeau et de son mari Julien Dionne. Littéralement, l’adjectif idéel signifie «qui se rapporte à la nature des idées». Appellation justifiée donc… quand on se fait raconter l’histoire des Thibodeau-Dionne.
Leur installation dans les belles montagnes de Sainte-Hélène-de-Chester est toute récente. Cinq ans, pas plus.
Mais, en cinq ans, ils ont réussi à toucher du doigt leur idéal, ce que Solange appelle leur «utopie». D’ici deux ans, croient-ils, leur ferme générera un chiffre d’affaires suffisant pour faire vivre décemment toute la famille.
Princevillois d’origine, fils d’agriculteur, Julien Dionne, a rencontré Solange Thibodeau il y a vingt ans, en Outaouais. Pure citadine, elle est originaire de Montréal, mais a commencé à se passionner pour l’agriculture, en étudiant en technique équine à La Pocatière. C’est un même intérêt pour le cheval qui a rapproché Solange et Julien, se rencontrant dans un ranch de Gatineau.
À Princeville d’abord, ils tâtent de l'agneau puis démarrent une entreprise avicole sur une petite ferme qu’avait achetée le père de Julien. C’est à Princeville aussi que naissent leurs trois enfants, adolescents aujourd’hui, François, Rachel et Jeanne.
Tous deux retournent au Cégep de Victoriaville, en agriculture, avant de lancer leur entreprise de poulet sans hormones de croissance et d’antibiotiques, emballé sous vide, une rareté à l’époque. Mais une mésaventure les a obligés à se départir de leur ferme. «J’étais complètement désorienté, raconte Julien. Moi, qui me voyais sur cette terre pour le restant de mes jours!»
Une longue quête
Le couple s’installe au village, avec la ferme intention de ramasser l’argent qu’il lui faut pour acheter une autre terre, Julien travaillant comme débroussailleur et bûcheron, Solange collectionnant les contrats pour la Financière agricole, le ministère de l’Agriculture, etc.
Il leur a fallu six ans pour réunir le capital nécessaire et deux ans pour trouver l’emplacement qu’ils souhaitaient. Exigeants, ils avaient élaboré une longue liste de critères de sélection. Tout en haut de cette liste, la nouvelle ferme devait leur procurer une eau de qualité… et la disponibilité d’un cours d’eau.
Ils ont trouvé ce qu’ils cherchaient, la ferme de l’ex-maire de Sainte-Hélène-de-Chester, Melquiad Allaire et son épouse Jeanne-d’Arc Guillemette au 1610, Rang Allaire justement. Une terre de 285 acres, dont 90 acres en culture, une maison plus que centenaire, une érablière de 7 000 entailles, mais cela ne faisait pas partie de la liste des critères de sélection!
Bien plus que le paysage vallonné, magnifique au demeurant, Solange dit que dès qu’elle a visité les lieux, elle a «senti la ferme». La rivière Bulstrode longe la terre, laquelle s’étend des deux côtés du rang, les arbres sont matures. «On voit les maisons des voisins, mais on ne voit pas les voisins. On ne se sent pas isolés!».
La magie de la forêt, le potentiel des terres, la possibilité de diversifier les productions, «tout ça a fait qu’on est tombé en amour», ajoute Julien.
Leur ferme, à la fois acéricole et forestière, commence à donner des fruits (des framboises notamment, des asperges aussi et, bientôt des amélanches), de quoi nourrir ce qui a toujours été leur objectif : vivre de la campagne. «Pas seulement vivre à la campagne, mais vivre de la campagne», insistent-ils.
De l’atelier de transformation jouxtant la sucrerie où la sève des 7 000 entailles de l’érablière bouillonne chaque printemps, sort maintenant toute une kyrielle de produits : le beurre d’érable à la cannelle, aux noix, au chocolat, aux framboises, les chocolats, les bonbons durs, les bonbons mous, les sucettes, le sucre granulé, les caramels, les gelées, le maïs soufflé, enfin tout ce que l’érable permet de décliner comme produits.
L’érable aromatise aussi une variété de tartes que Solange a commencé à cuisiner l’an dernier : l’incontournable tarte au sirop d’érable, celle aux framboises qu’on cultive, la tarte aux pommes, le duo pommes et sucre à la crème. Et, depuis peu, à raison d’une journée par semaine, Solange confectionne des mini beignets trempés dans le sirop chaud qui trouvent preneurs dans une vingtaine de dépanneurs et épiceries des Bois-Francs et quelques-unes de l’Érable. «On vise 30 000 contenants par année.»
C’est à la ferme même qu’on trouve toute la gamme des produits. Mais, patiemment, Solange et Julien diversifient et élargissent leurs marchés… jusqu’au Marché des saveurs et au Marché Jean-Talon à Montréal, dans certaines épiceries, au marché public de Saint-Ferdinand tous les samedis de l’été.
Transformation oblige
Et bientôt, c’est à bord de leur roulotte à desserts Idéel qu’ils entendent aller au-devant des festivaliers. Le moteur? Une irrépressible envie de garder un contact direct avec les consommateurs. Julien dit adorer ces rencontres, «motivantes» et «énergisantes» avec des clients lors de dégustations de produits de l’érable. La découverte des produits provoque des réactions instantanées. «À Montréal, on ne connaît pas beaucoup le beurre d’érable. Une dame m’a déjà dit que ça goûtait le ciel!», raconte Solange, ravie de la métaphore.
La transformation des produits de l’érable s’est presque imposée à la suite de l'introduction de quotas de production en 2003, explique le couple. Si les quotas en ont freiné certains, ils ont servi d’aiguillon aux Thibodeau-Dionne. «Il nous fallait rentabiliser notre investissement. Pas question de réduire notre production!» Ils transforment environ le quart de leur production. La moitié de leur sirop prend le chemin de la Fédération, vendant eux-mêmes le quart eux-mêmes sous leur étiquette Idéel.
Solange et Julien admettent qu’ils ne connaissaient strictement rien à l’acériculture. Ni dans l’aménagement et l’exploitation d’une érablière, pas plus que dans la transformation des produits.
Mais ils ont appris. D’abord, en faisant comme Jeanne-Mance et Melquiad qui leur ont servi de mentors pour la première saison des sucres. D’ailleurs, le couple Guillemette-Allaire possédait déjà son petit circuit de vente des produits de l’érable, circuit qu’ont allongé et enrichi les nouveaux acériculteurs.
Et ils sont retournés à l’école. «Nous, on est des techniques. On a besoin de savoir pourquoi il faut faire telle chose, bouillir à telle température.»
«On s’était donné cinq ans pour améliorer la productivité de 20%. On a dépassé notre objectif, le rendement est de 32% supérieur à ce qu’il était», dit fièrement Julien. Quant à Solange, elle s’est aussi inscrite à une formation sur la transformation des produits de l’érable.
Ensemble, ils ont aussi travaillé à l’amélioration de la qualité du sirop, à la suite d’une formation sur les saveurs offerte à Sainte-Thècle, où on apprend à discriminer le bon du mauvais sirop. Et Dieu sait qu’il y aurait beaucoup de mauvais sirop sur le marché. «Les producteurs ne devraient jamais avoir peur de se former. On y apprend toujours quelque chose. Dans mon cas, cela m’a sécurisée», dit Solange.
La qualité d’un sirop reste tributaire d’une foule de facteurs, partant de l’entaillage jusqu’au bouillage, requérant une longue chaîne de gestes précautionneux.
Un attrait agrotouristique
Si les Thibodeau-Dionne vont au-devant de leur clientèle, ils accueillent aussi le public à leur kiosque de ferme depuis 2005.
Dès l’été 2003, après avoir fait analyser les sols, le couple réservait un demi-acre à la plantation d’asperges qu’il pourra récolter et vendre dès l’été prochain.
Puis, en 2004 et 2005, Solange et Julien plantaient des framboises sur deux acres, invitant le public, l’année d’ensuite, à les savourer. L'autocueillette est permise.
En 2006, se distinguant d’un de leurs voisins (producteur de bleuets), ils ont planté 700 plants d’amélanchier qui donneront leurs fruits, les amélanches, à compter de 2010.
«C’est une production en émergence au Québec. Le fruit ressemble au bleuet, mais sa forme est plus allongée. Il a des vertus anti-oxydantes.»
L’amélanche pousse en grappes sur un arbuste pouvant atteindre une dizaine de pieds de hauteur. «On peut donc cueillir les fruits en restant debout», signale Solange… ajoutant qu’il s’agit d’un avantage pour une population vieillissante!
Le rêve qu’entretiennent Solange et Julien, c’est de devenir, un jour une entreprise agrotouristique, avec un kiosque ouvert de mai à octobre, la possibilité d’y séjourner quelques jours, d’apprivoiser la campagne, même de s’inscrire à des cours de transformation.
Solange et Julien veulent continuer de diversifier leur production. Des prunes, des oies, des plantes aromatiques pourraient être autant de «fruits» de leur Idéel.
On peut obtenir des informations sur la ferme de l’Idéel en composant le numéro 810 382-2773. Bientôt, un site Internet devrait aussi renseigner le public.Photo : HRIdeel2.jpg