Forêt
Les forêts à la rescousse du réchauffement de la planète
Guy Larochelle, ingénieur forestier
Agence forestière des Bois-Francs
La planète se réchauffe à une vitesse accélérée depuis plusieurs années. Ce réchauffement crée des bouleversements climatiques importants. Des écarts de température plus accentués, des périodes de sécheresse plus importantes, des inondations plus fréquentes ne sont que quelques conséquences que l’on peut associer aux changements climatiques. Malheureusement, la forêt n’y échappe pas non plus. En effet, ces changements de climat affectent les écosystèmes dont elle fait partie. La forêt peut toutefois contribuer à contrer ce problème planétaire si on l’aménage et l’utilise de la bonne façon.
L’augmentation des gaz à effet de serre est à l’origine des changements climatiques. C’est en effet l’accumulation de CO2 dans l’atmosphère qui crée cet effet de serre. Or, les arbres, par leurs activités biologiques, sont en mesure de capter ce CO2 de l’atmosphère. Ils conservent ainsi le carbone contenu dans l’air puis rejettent l’oxygène dans l’atmosphère. Ce processus bien connu s’appelle la photosynthèse.
Les chercheurs ont calculé que les forêts absorbent 1,4 tonnes de CO2 pour chaque tonne de matière ligneuse qu’elles produisent. En fonction des essences et de leur croissance, une forêt peut emmagasiner de 400 à 700 tonnes de carbone par hectare.
Chaque arbre qui constitue une forêt absorbe beaucoup de carbone pour combler ses besoins de croissance. Toutefois, cette absorption ne se fait pas toujours au même rythme tout au long de la vie de l’arbre. La croissance de celui-ci est en effet beaucoup plus intense durant les premières années et décroit en vieillissant. Une jeune forêt capte de grandes quantités de carbone. À l’opposé, une forêt surannée en capte beaucoup moins et devient même une source d’émission de carbone par la décomposition des vieux arbres morts.
Il est possible de maintenir pendant une plus longue période de temps la croissance optimale d’une forêt en ayant recours à des interventions sylvicoles appropriées. On peut en effet pratiquer des coupes partielles (éclaircie ou coupe de jardinage) de façon à prélever les arbres qui sont destinés à mourir dans un avenir rapproché par rapport à la vie du peuplement forestier. Ainsi, les arbres qui composent le peuplement forestier résultant de ces saines pratiques sylvicoles auront une meilleure croissance que s’ils avaient continué de croître sans interventions sylvicoles.
Il est bon d’intervenir pour rajeunir la forêt par différentes coupes sylvicoles qui favorisent l’installation de la régénération et la récolte des arbres matures. Ces interventions permettent ainsi de redémarrer le cycle optimal de production de matière ligneuse et par le fait même la séquestration de grandes quantités de carbone.
Pour que ce principe soit vrai, les arbres récoltés doivent continuer de maintenir captif le carbone séquestré au cours de leur croissance. Ainsi, la transformation d’un arbre en bois de construction ou en bois d’ébénisterie permet une séquestration du carbone sur une période bien plus longue que si cet arbre avait été laissé à lui-même dans le peuplement forestier dont il est issu.
Le principe du captage de carbone par les arbres est reconnu dans le protocole de Kyoto comme un élément de solution pour enrayer l’augmentation des gaz à effet de serre. Toutefois, cela ne veut pas dire qu’il faille éliminer toutes les vieilles forêts qui sont des sources d’émission de carbone. Celles-ci constituent souvent des écosystèmes d’une grande diversité écologique que l’on se doit de conserver. Les pratiques forestières doivent donc tendre vers un équilibre constitué de vieilles forêts et de forêts en croissance optimale.
ali berkane
Commentaire mis en ligne le 25 janvier 2009merci