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«Avec la nature, c’est donnant donnant»

Hélène Ruel par Hélène Ruel
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Article mis en ligne le 4 octobre 2007 à 16:05
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«Avec la nature, c’est donnant donnant»
Au vert paradis des Beauchemins
«Avec la nature, c’est donnant donnant»
Si, il y a cinq ans, Yvan Beauchemin, acceptait d’adhérer au programme Un grain de santé – Agri-nature – c’est que cela correspondait tout à fait à ses pratiques culturales et surtout à ses valeurs.
Avec, en main, leur toute récente certification biologique Québec vrai, Yvan Beauchemin et son épouse, Marie-Agnès Freulon, cultivent avec bonheur et succès une variété de soya, l’Ohgata, essentiellement destiné au marché de l’exportation asiatique, là où il sera transformé en tofu.

Déjà rébarbative aux herbicides et aux engrais chimiques, la Ferme May Beauchemin de Grand-St-Esprit possédait, au propre comme au figuré, le terreau qu’il fallait pour se lancer dans ce genre de culture.

Un beau challenge, comme dit Yvan Beauchemin, sixième de sa génération à exploiter, depuis 1988, ce qui a déjà été la seigneurie Cress.

Chaque année, depuis cinq ans, le producteur de 46 ans cultive en soya l’équivalent de 14 des 126 hectares de sa terre, la Ferme May Beauchemin parvenant à nourrir son troupeau d’une centaine de têtes Holstein.

«C’est un challenge de nourrir l’humain. Et puis, ça nous permet de nous diversifier. On ne sait jamais ce qui peut arriver», précise-t-il.

Sur chacune des 29 parcelles de sa terre, Yvan Beauchemin sème, en alternance, du soya (une année), des grains mélangés l’année suivante (orge, pois, blé, avoine, lin), de la luzerne et une céréale grainée l’année suivante, des fourragères durant quatre ou cinq ans et du maïs une autre année. «Une boucle écologique, explique-t-il. Car il faut du temps pour amender la terre après une culture du maïs. «Ma base de rotation, ce sont vraiment ces années de fourragères.»

Les rendements de sa production de soya sont spectaculaires, dépassant largement les résultats habituellement attendus. «Quand on obtient une tonne à l’acre, c’est beau», souligne M. Beauchemin. À l’automne 2006, il parvenait à un rendement de 1,42 tonne métrique de soya à l’acre, parti de 0,68 tonne en 2003.

Ses plants (près de 500 000), plus densément semés, mais avec plus d’espace entre les rangs, sont de mieux en mieux garnis, 17,1 gousses contenant 33 grains en moyenne comparativement à 14,6 et 26,4 en 2004.

Yvan Beauchemin dit qu’avec Un grain de santé, «on apprend à cultiver différemment». «Ça nous amène à être plus attentif. Ce type de culture nécessite plus de présence aux champs, de plus fréquents travaux de sarclage.»
Une première marche vers le bio
Son épouse ajoute que le programme Un grain de santé constitue une «première marche vers le bio», une façon de gagner, chaque année de l’assurance et de l’expérience. «Certains se sont plantés à essayer de convertir toute leur ferme au biologique», renchérit Yvan Beauchemin.
D’ailleurs, la Ferme May Beauchemin n’envisage pas à court terme, de convertir au biologique sa production laitière. Il ne lui suffirait pourtant pas de grand-chose pour y parvenir, circonscrire quelques grands pâturages, ajouter des bandes tampons. Mais il y a bien de la «paperasse» à remplir, note Yvan Beauchemin.

«Ce pourrait être un beau projet d’établissement pour la prochaine génération», dit Yvan, à l’intention de Noéla, 14 ans, la petite dernière des quatre enfants du couple présente et participante à l’entrevue. L’adolescente en connaît déjà un bon bout tant sur la culture, la forêt, la faune et la flore, les chevaux. Et sur le troupeau où elle a introduit, pour faire changement du noir et blanc dit-elle, une noire Canadienne et des vaches «rouges» qu’elle aime tant!
La recherche d'équilibre
La Ferme May Beauchemin n’est peut-être pas entièrement biologique, mais ses propriétaires, Yvan et son épouse d’origine française, Marie-Agnès, ont décidément les mains assez vertes. Et l’esprit aussi.
Ils diront qu’avec la nature, c’est donnant donnant et qu’il est risqué de lui demander plus que ce qu’elle peut offrir.

Le mot «équilibre» émaille fréquemment les propos d’Yvan Beauchemin.

La ferme ne serait plus tout à fait la même, explique-t-il, s’il ne se passionnait pas tout autant pour cette forêt qu’il prend plaisir à aménager, pour son troupeau qu’il soigne quotidiennement sans chercher à le grossir, pour travailler dans des champs qui «se tiennent». «C’est un ensemble, tout est interrelié!» «Quand, j’utilise le tracteur toute la journée dans mes champs et que je brûle du fuel, je me dis que les 10 ou 12 lots de bois que j’entretiens parviennent peut-être à compenser mes émissions de gaz à effet de serre…»

Cette recherche de l’équilibre, Yvan Beauchemin la transpose aussi dans sa vie personnelle d’agriculteur, de «paysan», un mot qu’il préfère à tout autre. «Je ne me verrais pas vivre d’autre chose. C’est la vie, cet équilibre entre la terre, les animaux et la forêt, qui me tient en agriculture.»

Les longues racines de la ferme ancestrale contribuent aussi à le maintenir en agriculture. «Je ne pourrais dilapider à mon seul profit tous les efforts consentis par mon père, mon grand-père, mes aïeux…»

L’agriculture, admet-il encore, nécessite d’«énormes sacrifices». «En agriculture, il faut toujours donner plus que son 100%.»

Pas normal, dit-il, que derrière le produit sur l’étalage, le consommateur ne voit pas jamais la somme de travail exigée pour sa fabrication.

Attentif au sens des mots, Yvan Beauchemin en a retiré certains, pourtant très courants dans le vocabulaire de l’agriculture. Il se perçoit comme un paysan plutôt qu’un exploitant, parle de sa ferme et du terroir plutôt que de son entreprise, considère les gens qui l’aident à la ferme comme des «partenaires» de travail, pas des ouvriers agricoles, se montre critique face à l’industrialisation de l’agriculture.
Nourrir l'humanité… sainement
«L’objectif ne devrait pas être de produire des mégatonnes d’aliments bourrés d’herbicides, de pesticides, d’OGM!» À cet objectif de nourrir l’humanité, Yvan Beauchemin ajoute le mot «sainement».
Il est possible, conclut-il, de vivre décemment de l’agriculture, de maintenir, encore ce fameux équilibre, entre le travail, les loisirs, pourvu qu’on s’entoure d’une petite «communauté», qu’on garde le contrôle sur ses dépenses et qu’on cultive… une certaine simplicité.

Il est de ceux qui croient que la Loi sur le territoire agricole devrait être assouplie, de façon à ouvrir un peu plus grand la porte à une meilleure occupation des milieux ruraux.

On ne saurait visiter la Ferme May Beauchemin sans s’attarder à la luxuriance des alentours la maison plus que séculaire, des jardins et des potagers qu’entretient Marie-Agnès.

C’est l’amour du Québec qui, dit-elle, l’a fait quitter sa France natale il y a 21 ans pour vivre avec Yvan. Elle l’avait rencontré à l’occasion de son deuxième séjour au Québec, participant à un stage d’études (en production ovine).

Elle a troqué sa passion des moutons contre celle de l'horticulture et du jardinage. La promenade dans ses jardins réserve des «oh» et des «ah» d’ébahissement. L’on peut voir toute une variété d’arbres, de fleurs, de plantes et de fruits qu’on ne croyait pas pouvoir cultiver ici… jusqu’à de verts kiwis et même des figues.

Si, comme disent les Beauchemin, avec la nature c’est du donnant donnant, la profusion de leur récolte témoigne de leur ardeur.

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