Ensilage
Récolter de l’ensilage en une seule journée
Grandes cultures
Alain Fournier, agronome, M. Sc.
MAPAQ, Direction régionale du Centre-du-Québec
alain.fournier@mapaq.gouv.qc.ca
La confection d’andains larges, suite à la fauche, permet de récolter de l’ensilage de foin d’excellente qualité en une seule journée. Produire un ensilage dont le niveau d’humidité oscillera entre 60 et 65 % et conservé en silo-tour ou couloir requiert généralement deux belles journées de beau temps avec la méthode habituelle.
Une récolte rapide permet de conserver les précieux nutriments de l’herbe pour la production de lait et de viande. Cependant, puisque le climat du Québec est tempéré et que le mois de juin amène son lot d’averses, il est parfois difficile de trouver plusieurs périodes de deux jours pour remplir le ou les silos. Dans ce contexte, la production d’andains larges présentent de nombreux avantages.
Puisqu’il est plus facile de trouver une journée de beau temps au mois de juin que deux, cette possibilité donne plus de l’attitude à l’éleveur quant à la date optimale pour récolter la plante fourragère dominante de ses champs. Le principe de cette technique repose sur la formation d’andains les plus larges possibles lors de la fauche par une journée ensoleillée ayant un bon indice d’assèchement. L’étalement du fourrage accélérera son séchage et permettra de conserver plus d’éléments nutritifs comparativement au fourrage récolté avec la technique usuelle sur deux jours. Voilà la conclusion à laquelle des chercheurs de l’université Cornell et de l’université Madisson sont arrivés.
L’ensoleillement d’un andain large permet à plus de feuilles d’être exposées au soleil, ce qui occasionne l’ouverture des stomates présents sur les feuilles. Les stomates sont comme les poumons de la plante, car ils permettent les échanges gazeux des végétaux avec leur environnement. Lorsque la plante est coupée, ils permettent aussi son séchage rapide, car l’eau est aussi évaporée par cette voie. Le fourrage séchera donc rapidement jusqu’à un niveau variant entre 60 et 65 % d’eau, qui est le niveau idéal pour faire un ensilage en silo tour ou couloir. Par la suite, les stomates se referment et la perte en eau est arrêtée par cette voie. Elle se poursuivra toutefois plus lentement par la cuticule de la plante qui est généralement endommagée lors du conditionnement du fourrage.
Les stomates restent ouverts le jour, mais ils sont fermés la nuit ou à l’ombre dans le fond de l’andain. Puisque la luzerne possède dix fois plus de stomates que les graminées, le séchage via des stomates ouverts est très important pour cette légumineuse. Il faut cependant, éviter un conditionnement excessif qui peut briser les canaux transportant l’eau à être expulsée de la plante, selon les deux chercheurs.
Dans une étude effectuée au Wisconsin, il a été possible d’atteindre l’humidité idéale de 65 % pour ensiler en moins de dix heures avec des andains larges (72 % de la largeur de coupe). Les andains étroits (25 % de la largeur de coupe) ont pris 28 heures pour atteindre ce niveau d’humidité (voir la figure 1).
En plus de sécher plus rapidement et de façon plus homogène, le fourrage en andains larges contient moins de fibres NDF, est plus digestible et contient plus de vraies protéines. La production de plus d’acides lors de la fermentation de ce fourrage indique une meilleure stabilité au moment du prélèvement de l’ensilage.
La ferme hôte de la Journée champêtre appliquera cette technique lors d’un essai comparatif à la première coupe du mois de juin. Les résultats de ce projet seront présentés le dimanche 22 juillet prochain. Je serai sur place pour répondre à vos questions.