Stéphane Doucet, géographe M. Env.
Coordonnateur régional en agriculture durable
Fédération de l’UPA du Centre-du-Québec
L’eau : quelle ressource compliquée à gérer! Entre le développement des écosystèmes humains et fauniques, l’eau est au cœur des débats. Tous veulent assurer sa qualité, garantir ses usages, tout en protégeant les espèces qui y vivent et en permettant le développement des activités humaines, notamment l’agriculture. L’eau doit se gérer comme un tout. À cet effet, l’approche par bassin versant est à privilégier, mais à quelle échelle?
Lorsqu’on parle de protection de l’environnement, l’objectif premier est de protéger la qualité de l’eau pour la santé humaine. D’ailleurs, plusieurs lois et règlements sont établis pour diminuer et prévenir toute forme de contamination. Le défi ultime est d’atteindre un équilibre entre les activités humaines en diminuant les impacts sur le milieu naturel. Là, ça se complique.
Gérer l’eau à la ferme?
Peut-on mieux gérer l’eau à la ferme? Peut-on prendre exemple sur le milieu naturel et créer un écosystème agricole adéquat? Bien sûr que oui! Devant la complexité de gérer l’ensemble de ses ressources et de les concilier avec leurs différents usages, une ferme peut être considérée comme un bassin versant.
Par exemple, on parle souvent de «couvert forestier» qui offre un habitat, qui réduit la vitesse de l’eau et empêche les sols de s’éroder. Sur une terre agricole, on peut créer ce même type de milieu. Dominic Leblanc, jeune propriétaire de la Ferme Pouvaco, gère sa ferme comme une forêt aménagée. Ses pratiques culturales sont majoritairement en semi-direct qui agissent comme un couvert forestier. Le jeune producteur effectue la rotation de ses cultures et atteint l’équilibre pour sa fertilisation. Il gère ses surplus d’eau comme dans des cours d’eau aménagé et planifie ses brise-vent, ses avaloirs et ses fossés. Il maintient ses bandes riveraines qui ne représentent qu’environ 1 % de ses terres. Sa ferme est en constante évolution comme dans le milieu naturel.
Les milieux humides et les cannebergières
Au Québec, l’eau est présente partout, en grande quantité selon les saisons, avec des milieux humides et des cours d’eau qui parsèment le territoire. Pensant que ces zones sont sans valeur, l’homme a essayé de réduire les surfaces des milieux humides avec les conséquences qu’on connaît. On se rend compte maintenant que ceux-ci avaient leur importance pour la régularisation de l’eau.
Prenons l’exemple de l’exploitation de la canneberge. Malgré la croyance populaire, la culture de la canneberge se fait sur seulement 5 % de tous les milieux humides du Centre-du-Québec. Pour les nouveaux développements, l’approche préventive est privilégiée dans l’aménagement et la gestion des exploitations.
Une question d’aménagement et de biodiversité
La réflexion touche aussi l’aménagement des cours d’eau et la plantation d’arbres en relation avec la gestion des espèces animales qui peuvent devenir une nuisance, notamment le castor et le rat musqué. Selon une étude, les populations de rats musqués déclinent dans une bande boisée comparativement à une bande herbacée. Par contre, une bande boisée attire les castors. Dilemme! Lorsqu’on propose une plantation d’arbres en bande riveraine ou dans des zones improductives, il faut donc tenir compte de ce paradoxe. Choisir les espèces d’arbres que le castor dédaigne pour sa nourriture et la construction de barrage peut être une solution assez simple. Le trappage est également une méthode préventive à privilégier pour réduire l’impact négatif de ce rongeur. Il est donc important de valoriser la fourrure en piégeant durant la bonne saison. Si la municipalité doit intervenir afin de démanteler un barrage de castor, il faut qu’elle prenne les moyens nécessaires pour ne pas nuire à l’habitat du poisson… Ouf! Quel mandat!
La réflexion sur la gestion de l’eau se continue. L’approche collective par bassin versant pour caractériser chaque ferme est le but d’un projet régional nommé MÉANDRES. D’autres outils, comme la photo-interprétation est une approche complémentaire. On vise donc l’accompagnement des producteurs et productrices agricoles dans une approche de prévention par des méthodes reconnues dans un bassin versant.
Pour en savoir plus
La gestion de l’eau est une de vos préoccupations? Sachez que tous les sujets traités dans cet article ont été abordés lors de la Journée INPACQ Bassins versants. Pour consulter les conférences présentées, visitez le site Internet du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, direction régionale :
www.mapaq.gouv.qc.ca