Une des principales caractéristiques du monde dans lequel on vit aujourd’hui c’est la course effrénée que l’on mène contre le temps… Il nous glisse entre les doigts…On a même l’impression qu’il nous fuit parfois. Mais s’il y a un endroit où le temps semble s’arrêter, c’est bien en forêt !
Au fil des ans, j’ai rencontré bien des propriétaires de boisés et si je devais identifier une caractéristique commune propre à chacun, mise à part la passion bien sûr, ce serait le manque de temps pour s’occuper de leur boisé et la frustration qu’y en résulte. Et bien, n’ayez crainte chers propriétaires, car votre forêt vous attendra… J’irais même jusqu’à dire qu’elle n’a pas besoin de nous, elle peut très bien évoluer toute seule. Le petit «hic» c’est que, contrairement à nous, elle n’est vraiment pas pressée… Voilà pourquoi on fait de l’aménagement forestier, qui se définit comme suit : L’Art de s’inspirer de la nature pour la devancer (définition personnelle). N’ayez crainte, je ne crois pas qu’elle s’en offusque, après tout on se tape tout le boulot à sa place.
Revenons à notre prémisse de départ qui est le manque de temps pour s’occuper de notre forêt et voyons comment on peut y remédier. Voici quelques trucs pour maximiser votre passage en forêt… Premièrement, ramasser du bois mort ce n’est pas de l’aménagement forestier… c’est une perte de temps, le mal est fait, on n’y peut rien, à moins que l’arbre ne soit dangereux, laissez-le en place, il est drôlement plus utile à la faune qu’à vous. Je vous entends déjà dire «mais où je vais prendre mon bois de chauffage?» On y arrive… Alors le temps que vous sauvez à ne plus abattre des chicots, prenez-le pour repérer et abattre les arbres moribonds, malades et mourants. Là, vous aurez un impact, car en coupant un tel arbre vous dégagerez forcément un autre en meilleure santé qui profitera plus vite. Si vous avez peur de tout briser lors de l’abattage, dites-vous qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs et que bien souvent il vaut mieux décider nous-mêmes où va tomber l’arbre que de laisser le vent s’en occuper.
Deuxièmement, plus une forêt est jeune et plus elle bénéficiera d’être aménagée. En effet, les jeunes arbres poussent généralement de façon très dense et sont en compétition féroce avec tous leurs voisins. Alors, le fait d’en enlever une partie pour concentrer la croissance sur ceux que l’on garde sera très bénéfique à court terme. Bien sûr, il faut choisir les bons et voici comment on les détermine. D'abord, il doit être de la bonne espèce, ensuite il doit être de grosseur moyenne ou dominante par rapport aux autres et finalement sans blessure ou maladie. Voilà votre tige d’avenir est choisie. Pour l’espacement, de façon générale, 4 à 6 pieds seront suffisants. Plus les arbres vieillissent, plus vous pouvez espacer. Ah oui, j’insiste sur les essences, sachez les reconnaître, c’est la base de l’aménagement forestier. Il y a de bons livres de référence et comme dans tout, il faut pratiquer.
Finalement, ne perdez pas trop de temps à faire des activités qui sont purement esthétiques et qui n’ont pas d’impact ou même un impact négatif. Bien sûr, vous êtes des gens fiers et vous aimez que ce soit beau, mais il y a toujours moyen de moyenner… Par exemple : sortir les branches, les brûler, les mettre en tas ou les déchiqueter après une coupe d’éclaircie, c’est inutile. Contentez-vous de bien les rabattre avec votre scie à chaîne et ce sera suffisant. Ensuite, coupez les branches basses sur les résineux (sauf les pins), ça ne paye malheureusement pas plus pour l’instant. Par contre, sur les feuillus nobles et les pins c’est tout le contraire et ça peut rapporter gros à moyen terme. Il y a aussi les gens qui nettoient leur sous-bois avec une débroussailleuse… Non seulement c’est inutile, mais ça devrait être considéré comme forestièrement criminel. Les arbres ne viennent pas au monde à 8 pieds de haut, ils commencent tout petit. En pratiquant cette méthode, on élimine systématiquement toutes les chances de voir s’établir une régénération de qualité. Un autre petit point : méfiez-vous des beaux-frères et des pseudo-experts qui commencent généralement leur phrase par : «Moé, j’connais ça le bois…»
En terminant, profitez bien de votre boisé et maximisez les quelques heures par semaine ou par mois que vous y mettez, soyez systématiques et réfléchis et la nature vous le rendra bien et surtout ne stressez pas avec ça, vous l’avez acheté pour relaxer…
Vous, le temps et… votre forêt !
Steve Garneau, tech. For. Agence Forestière des Bois-Francs
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