Le stockage de l’eau à l’échelle de bassins versants a été développé initialement pour gérer les eaux pluviales des milieux urbains. Il peut contribuer à améliorer la qualité de l’eau de deux façons : en diminuant le débit de l’eau qui sort d’un bassin donné, donc en diminuant sa force érosive, et en permettant à certaines particules de se sédimenter avant de laisser l’eau continuer son chemin. Le défi est d’appliquer ce concept au milieu agricole. Il va de soi que les paramètres de conception sont tout à fait différents pour ce type d’environnement. C’est pourquoi une équipe de scientifiques est requise afin d’en assurer la mise en oeuvre.
Le projet de stockage intégré des eaux pluviales a été lancé au Centre-du-Québec il y a environ un an par une équipe d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) en appui avec le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). L’objectif : améliorer la qualité de l’eau en la stockant à des endroits stratégiques sur le territoire du bassin versant. Pour réaliser ce projet, on a choisi le bassin versant du ruisseau Martin d’une superficie d’environ 40 kilomètres carrés, localisé à Saint-Samuel. Selon François Chrétien, agronome et spécialiste en gestion de l’eau à AAC: « ce bassin est idéal, car il est représentatif de l’occupation du territoire du Centre-du-Québec : sa superficie est occupée à environ 50% par l’agriculture dont plusieurs hectares sont en grandes cultures. De plus, on y retrouve déjà des étangs de stockage de l’eau conçus précédemment dans le même but d’amélioration de la qualité de l’eau, mais à l’échelle d’une ferme. Dans ce projet, il faut mentionner l’ouverture des producteurs et des différents acteurs du territoire prêts à innover et à mettre en place de nouvelles façons de faire ».
Des chercheurs ont élaboré différents scénarios de stockage de l’eau sur le territoire du bassin versant du ruisseau Martin. Les scénarios comportent différentes combinaisons d’aménagements de stockage, de retenues au fil du cours d’eau et de retenues dans les fossés agricoles, à l’aide de fossés-avaloir par exemple. Le meilleur scénario sera bien entendu celui qui limitera la perte d’espace dédié aux cultures tout en ayant un impact significatif sur la qualité de l’eau.
De plus, afin de mieux localiser ces aménagements, l’Université du Québec à Rimouski a réalisé, étudié et caractérisé le cours d’eau et toutes ses branches pour évaluer le transport des sédiments et l’écoulement de l’eau dans le cours d’eau afin de déterminer les secteurs les plus sensibles à l’érosion.
Ainsi selon M. Chrétien : « Cette méthode de travail permet de mieux cibler les secteurs d’intervention, donc de réaliser les aménagements aux endroits les plus appropriés. L’objectif de maximiser les gains au niveau de la qualité de l’eau peut être atteint plus rapidement. Contrairement à la planification ferme par ferme, les interventions sont planifiées en tenant compte de l’ensemble des entreprises du bassin versant. ».
Une station de mesure de qualité de l’eau a été installée à l’exutoire du ruisseau Martin et des échantillons sont envoyés pour analyses. Au fur et à mesure que les structures de stockage de l’eau seront réalisées, les résultats des analyses d’eau permettront de juger de l’efficacité de ces mesures. Des résultats intéressants permettraient d’exporter le modèle à d’autres bassins versants, toujours dans l’optique d’amélioration de la qualité de l’eau. Cette approche demeure toutefois complémentaire à de bonnes pratiques à la ferme.

