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Aucun producteur agricole n’est à l’abri d’une crise alimentaire

Publié le 23 Septembre 2011
Publié le 23 Septembre 2011

Par Monique Thomas, directrice générale de l'Association des producteurs de canneberges du Québec

On se souviendra du mois de mai 2011 où chaque jour les médias européens nous rapportaient des événements malheureux de la pire crise alimentaire qu’ait connue l’Union européenne (UE). D’abord faussement identifiée comme « La crise du concombre espagnol », il n’en fallait pas moins pour que les consommateurs répondent par des réactions disproportionnées en changeant subitement leurs habitudes alimentaires entraînant des stocks gigantesques de fruits et légumes frais invendus et voués à la destruction. Les pertes se chiffrent en millions d’euros pour les producteurs d’Espagne, du Portugal, de l’Allemagne, de France et de plusieurs autres pays de l’UE et pourtant il ne s’agissait que du concombre!

Sujets :
Union européenne , Commission européenne interdisant , Association des producteurs de canneberges du Québec , Espagne , Allemagne

En une semaine, l’alerte à la bactérie Escherichia Coli (E. Coli) causant la mort d’une quarantaine de personnes et l’intoxication d’un millier d’individus provenant de 12 pays de l’Union européenne aura fait des ravages économiques et commerciaux importants. La Russie, le principal client de l’UE émettait un embargo interdisant ainsi l’importation des légumes frais en provenance de l’UE. Plusieurs pays ont aussi suivi. Mais l’importante chute de consommation de fruits et légumes aura mis en évidence la fragile confiance entre le producteur et le consommateur.

Le mal était fait

Soupçonnés au départ d’être la cause de l’épidémie, des lots de concombres biologiques en provenance du sud de l’Espagne furent identifiés à la fin mai. L’alerte donnée par la Commission européenne interdisant la consommation aura fait perdre plus de 200 millions d’euros par semaine aux producteurs espagnols. Entre le temps de découvrir au début juin que la bactérie E. Coli responsable des mortalités et des intoxications provenait d’une production de fèves germées située en Allemagne, le mal était fait. Des ravages économiques et commerciaux affectant les producteurs maraîchers se comptaient par des centaines de millions d’euros. De leur côté, les producteurs de concombres espagnols sont demeurés avec dix tonnes de légumes invendus.

Les impacts de la crise

Au moment d’écrire ses lignes, les scientifiques n’ont pas éclairci la façon dont la bactérie a pu s’introduire sur cette ferme qui a respecté toute la réglementation en vigueur, il demeure que cette crise alimentaire aura mis en lumière la nécessité de la traçabilité des produits. La salubrité et la sécurité alimentaire sont devenues des valeurs qui favoriseront la production et l’approvisionnement locaux. La mise en place de réseau de distribution répondant à des normes plus strictes est aussi prévisible. La Russie a émis une volonté d’élaborer une certification qui confirmera que les légumes entrant sur son territoire ne représentent pas un danger.

Pour sa part, la Commission européenne chargée de surveiller la sécurité alimentaire pourrait avoir un rôle plus important notamment en matière de contrôle sur la réglementation entourant la production de denrées alimentaires. C’est elle qui émet les alertes sur les produits. Pour ce faire, elle se base actuellement sur les informations obtenues par les pays qui en sont membres et ce mécanisme pourrait être révisé.

Quand le consommateur décide…

La méfiance des consommateurs de l’UE a touché toute la production agricole. Un problème isolé d’une ferme affecte désormais toute une industrie, tout un secteur. Plus aucun producteur ne peut prétendre être à l’abri d’une crise alimentaire. Cette onde de choc européenne aura permis de constater jusqu’à quel point le consommateur est maître et par conséquent, la rapidité avec laquelle les autorités doivent remonter la filière des produits pour identifier la cause d’un problème pour mieux limiter les dommages directs et indirects.

Pour palier à l’insécurité des consommateurs, les cahiers de charges garantissant les bonnes pratiques et les vérifications par des tiers deviendront la norme exigée. Une équipe travaille actuellement à développer un référentiel commun pour les pays de l’UE en matière de production agricole.

De l’autre côté de l’océan, c’est-à-dire chez nous, les producteurs doivent aussi se préparer à répondre à des cahiers de charges vérifiés garantissant les bonnes pratiques et répondant aux exigences strictes en matière de traçabilité, salubrité d’hygiène et de sécurité alimentaire. Les certifications à la production auront la côte car elles viendront, pour les transformateurs et les distributeurs diminuer les risques.

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