Engagé dans la formation continue depuis plus de 35 ans, enseignant au cégep de Victoriaville en agriculture biologique, chargé de projet au CETAB+, Denis La France organise des voyages d’études depuis sept ans, le premier s’étant déroulé au Brésil.
Ce séjour en Chine était le neuvième voyage qu’il animait depuis 2005. «On m’avait demandé ce stage il y a plusieurs années. J’avais répondu : «Donnez-moi cinq ans pour apprendre le chinois!»»
L’enseignant s’est mis à l’apprentissage du mandarin, tant par ses séjours là-bas qu’ici, avec sa «tutrice», une Chinoise d’origine, sylvifranche d’adoption et ingénieure de profession.
Il ne se débrouille pas si mal, puisque déjà, lors de son récent séjour en Chine, il a même pu prononcer deux conférences en mandarin, la sixième langue qu’il parvient à maîtriser.
Soutenu par le CETAB+, un centre relevant du Cégep et par Emploi Québec, ce stage a réuni une quarantaine de participants de tous les coins du Québec, des producteurs, des agronomes et des chercheurs.
Fascinante Chine
Pourquoi la Chine?
Parce que toutes les données reliées à son agriculture relèvent du gigantisme et parce que le pays se transforme à une vitesse phénoménale depuis trente ans, explique M. La France. «La Chine a démontré qu’elle pouvait s’organiser, devenant la deuxième puissance mondiale. Il y a plus d’autoroutes qu’aux États-Unis et plus de TGV qu’en Europe.»
Avec 7% des superficies mondiales cultivées, la Chine parvient à nourrir le cinquième de la planète. Son agriculture s’est aussi fortement industrialisée… et hyper chimifiée, dit encore M. La France, à un point tel que bien des Chinois craignent leur assiette. D’ailleurs, là-bas, les scandales agroalimentaires font régulièrement les manchettes des médias, souligne-t-il.
En production biologique, la Chine est devenue le quatrième producteur mondial, après l’Australie, l’Argentine et les États-Unis. «La moitié de sa production est exportée, mais la demande locale est en hausse», ajoute Denis La France.
L’agriculture chinoise n’est, proportionnellement pas plus biologique qu’ailleurs, mais toujours en termes statistiques, elle offre beaucoup à voir, soutenue par 2 500 organisations certifiées, comptant 100 000 paysans travaillant sur 2 millions d’hectares, ce qui représente 1,6% des surfaces cultivées. Au Canada, par exemple, cette même culture biologique, occupe 700 000 hectares, exactement le même pourcentage qu’en Chine.
Le voyage d’études a mené les participants québécois dans la grande plaine de l’Est, suivant les rives du fleuve Yangtze. On s’est attardé à la visite de centres de recherche, d’instituts et dans des fermes. «C’est un voyage multi-production, on a visité des serres, des entreprises de grandes cultures, des fermes laitières et des fermes d’élevage.»
Lors de ces voyages, c’est à bord de l’autobus, dit Denis La France, que tout se passe. «C’est là, après une visite, que l’on échange et discute. Par ces voyages, on s’expose à une réalité différente. On se dépayse, on se questionne et on peut poser un regard neuf sur son environnement. Et il y a des liens qui se tissent entre les participants. De retour au pays, ils peuvent communiquer entre eux.»
Comment va…
Chaque fois que l’on rencontre Denis La France, on ne peut résister à l’envie de lui demander «Comment va… l’agriculture biologique?» Il répond que, «petit train va loin», que la demande progresse plus vite que l’offre, que le gros de la nourriture bio que l’on consomme ici est importé, la production et la transformation d’ici étant peu soutenues par les gouvernements.
Il dit encore, et cela réconforte les producteurs de chez nous, qu’en agriculture biologique, la Chine ne pourra s’emparer du marché mondial. «Pour le thé, peut-être, mais pas dans les céréales et le lait.»
S’il dit que, ces années-ci, la production biologique éprouve des difficultés à progresser, il mise sur le plan de développement du ministère de l’Agricuture, des Pêcheries et de l’Alimentation. «Cependant, ce plan rencontre actuellement quelques blocages.»
Il prédit enfin que d’ici, 200 ou 300 ans, l’agriculture biologique sera la dominante. Personne d’entre nous n’y sera pour lui dire si oui ou non il avait raison. Aux yeux de l’enseignant, la formation, le développement des connaissances et des compétences, les voyages, l’accompagnement des producteurs constituent autant de graines semées… pour le futur.


