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Une agriculture innovante!

Le Kvik-Up, une nouvelle technologie d’origine danoise développée pour le désherbage mécanique, est mis à l’essai par le CETAB+ à la ferme Louis D’Or de Warwick.

Le Kvik-Up, une nouvelle technologie d’origine danoise développée pour le désherbage mécanique, est mis à l’essai par le CETAB+ à la ferme Louis D’Or de Warwick.

Publié le 13 Mars 2012
Publié le 13 Mars 2012

Par Geoffroy Ménard, chargé de projet (collaboration Serge Préfontaine, agroéconomiste, coordonnateur Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité (CETAB+)

Loin d’être une agriculture du passé, l’agriculture biologique est moderne et résolument tournée vers l’avenir. Les praticiens qui ont développé l’agriculture biologique ont créé une alternative agricole durable et la plus sécuritaire possible pour la santé humaine et pour l’environnement. Pour ce faire, il a fallu moderniser des pratiques anciennes et en développer de nouvelles.

Sujets :
Organisation des Nations Unies , MAPAQ , Ministère de l’Agriculture , La Berceuse , Wickham , Europe

Les normes imposées afin qu’une denrée agricole soit certifiée biologique incitent les agriculteurs à innover. Puisque plusieurs des solutions conventionnelles ne sont disponibles, l’agriculteur biologique doit, pour réussir, être observateur, débrouillard et créatif. Il doit trouver de nouvelles façons de fertiliser ses cultures, de maintenir et d’améliorer la santé des sols, des cultures et des animaux. Les contraintes favorisent, en quelque sorte, l’innovation. Les intervenants œuvrant en agriculture biologique (agriculteurs, agronomes, chercheurs, etc.) se doivent d’analyser, de se questionner, d’échanger et de créer dans plusieurs domaines de la science agronomique.

Les dernières décennies ont vu un développement important de l’agriculture biologique dans le monde. Plusieurs techniques ont été développées spécifiquement pour répondre aux besoins de la production sans produits chimiques de synthèse : engrais verts, rotations de cultures, fertilisation foliaire, désherbage mécanique, pyrodésherbage, utilisation de filets anti-insectes et de couvertures flottantes, ou encore des techniques de piégeage massif (des cultures autour des champs qui seront sacrifiées pour détourner les prédateurs). Certaines techniques sont une évolution de méthodes plus anciennes qui ont été mises au point et modernisées. Par ailleurs, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) décrit l’agriculture biologique comme un système néo-traditionnel, c'est-à-dire une agriculture qui utilise la recherche scientifique moderne pour améliorer des pratiques agricoles traditionnelles.

Plusieurs des innovations de l’agriculture biologique profitent à l’ensemble du secteur agricole. Par exemple, certains agriculteurs qui font du semis direct intègrent maintenant les engrais verts intercalaires, comme le raygrass dans le maïs; une technique qui est utilisée depuis plus de 20 ans en agriculture biologique. Le compostage à grande échelle, qui est maintenant surtout pratiqué avec des déchets urbains a été développé par des praticiens de l’agriculture biologique au début du 20e siècle. Les systèmes industriels de compostage modernes tirent donc leur origine des travaux de ces agrobiologistes.

L’agriculture biologique propose des alternatives aux produits de synthèse, ce qui permet l’émergence d’une nouvelle approche. Au lieu de combattre la nature, avec une série de pesticides, on travaille avec elle. Cette approche est mise en évidence par la lutte intégrée, par exemple, dont un des aspects est de créer un écosystème favorable aux insectes auxiliaires comme les prédateurs de ravageurs. Ouverts à tout ce qui améliore les pratiques agricoles sans utilisation d’intrants de synthèse, les agriculteurs biologiques ont rapidement adopté cette innovation venue de certains producteurs conventionnels sensibilisés au travail avec la nature.

On trouve dans notre région de nombreux agrobiologistes innovateurs. Par exemple, Martin Le Moine, d’Atocas Notre-Dame, s’est lancé dans la production de la canneberge biologique il y a une quinzaine d’années. L’interdiction d’utiliser des pesticides en production bio l’a poussé à développer des alternatives de phytoprotection, telles que l’utilisation de vinaigre comme désherbant. Il a aussi diminué la pression des mauvaises herbes sur ses cultures en abaissant le pH de son sol. M. Le Moine a été le premier à utiliser du fumier de volaille cubé pour la fertilisation des cannebergières biologiques, qui ont besoin d’azote sous forme ammoniacale.

Robin Fortin, agrobiologiste en horticulture, expérimente depuis deux ans la production des framboises en pots sous grand tunnel à sa ferme La Berceuse, à Wickham. Il est aidé par l’agronome Jacques Painchaud, conseiller en agriculture biologique du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), pour mettre au point cette technique. Il participe aussi à divers projets de recherche avec le CETAB+, dont un projet de fertilisation pour trouver les doses optimales à appliquer à la production en grand tunnel mené par Anne Weill.

Un essai d’extirpation de chiendent par le Kvik-Up, a été réalisé à la Ferme Hamelon et à la Ferme Louis d’Or. Le Kvik-Up est un appareil développé par des Danois pour faire le désherbage mécanique des vivaces à rhizomes comme le chiendent. Un nouveau projet de recherche du CETAB+, qui vise à comparer cette machine à un deuxième extirpateur débutera au printemps 2012.

Le CETAB+, un organisme de recherche et de transfert technologique, supporte plusieurs autres projets d’innovation dans la région. Il contribue au développement de cette agriculture biologique innovante. Pour lui permettre de remplir cette mission, le CETAB+ bénéficie du soutien du Cégep de Victoriaville, de la Conférence régional des élus du Centre-du-Québec, du MAPAQ et du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie.

Dans un contexte de développement durable, les entreprises doivent, en plus d’être rentables, respecter l’environnement et l’être humain. Contrairement à certaines idées reçues, cultiver biologiquement utilise généralement moins de ressources non-renouvelables si l’on tient compte de tous les intrants du système. Ceci est confirmé par une étude menée sur 30 ans par le L’Institut Rodale, de la Pensylvanie.. En effet, les intrants chimiques telles que les pesticides et fertilisants sont souvent fabriqués à partir de pétrole ou de gaz naturel. L’agriculture biologiques est donc un mode d’exploitation durable, qui sera appelé à se développer davantage dans le futur, comme en faisait état la FAO dans une conférence sur la sécurité alimentaire. Par ailleurs, plusieurs intervenants québécois considèrent l’agriculture biologique comme le fer de lance de l’agriculture durable. Le Ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) a récemment publié un rapport intitulé « Contribution des systèmes de production biologique à l’agriculture durable ». On y apprend que les sols sous régie biologique ont souvent une activité biologique et un taux de matière organique plus importants. La production biologique permet aussi de diminuer les pertes d’azotes et de générer moins de gaz à effet de serre qui causent les changements climatiques. Le rapport conclut que « les systèmes de production biologique influencent de façon positive plusieurs indicateurs agroenvironnementaux », ce qui leur confère une performance environnementale supérieure. Que demander de mieux comme solution durable au problèmes du réchauffement de la planète?

Le bio innove aussi du côté des formules de mise en marché. L’approvisionnement de familles abonnées à un panier hebdomadaire d’aliments biologiques est apparu il y a cinquante ans en Europe. Ce modèle a mené aux projets d’agriculture soutenue par la communauté et récemment des marchés de solidarité. Le mouvement biologique a aussi été un acteur important du développement du concept de certification des produits. Cet outil d’information offre une garantie au consommateur qu’il paie pour que les produits détiennent réellement les attributs désirés. La certification biologique était un des pionniers bien connu de ce système. Maintenant, la certification des produits est utilisée pour plusieurs autres attributs de produits agroalimentaires, tels que les produits équitables et les pêcheries durables.

L’agriculture biologique est une agriculture innovante qui évolue constamment. Ses découvertes stimulent toute l’agriculture, biologique ou non, et contribuent au virage durable de l’économie. C’est pourquoi le CETAB+ soutient le développement et la pérennité de ce mode d’agriculture, qui est aussi une façon de penser et de concevoir le rapport entre l’humain et sa production alimentaire.

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